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Invitation à un déjeuner lors de la Journée internationale de la Longévité. Café A la Mort Subite, 1er Octobre à 12 heures, Bruxelles.

Dans le cadre de la Journée internationale de la longévité, nous vous invitons à nous rejoindre le mardi 1er octobre 2019 à la brasserie “A La Mort Subite”, rue Montagne aux Herbes Potagères 7, 1000 Bruxelles, pour traiter des questions de longévité et présenter le plan extension santé français et un projet de référendum californien pour la recherche pour la longévité.

Nous serions ravis de vous accueillir à partir de midi précise afin de rencontrer les intervenants à cet événement, c’est-à-dire:

Dans l’espoir de vous compter parmi nous pour cet échange constructif.

Cordialement,

Virginie Stephenne, virginie.stephenne@heales.org

Didier Coeurnelle, didier.coeurnelle@heales.org

Résumé du projet DataBETA (Mesurer l’horloge de méthylation de volontaires pour savoir quelle combinaison de produits antivieillissement est la plus efficace)

 

Contexte général

Aujourd’hui, la plupart des scientifiques travaillant dans le domaine de la recherche anti-âge, estiment que des augmentations majeures de la durée de vie humaine sont imminentes. Mais partout dans le monde, des centaines de milliers de personnes n’attendent pas l’annonce ; elles se tiennent au courant des recherches sur la lutte contre le vieillissement et essaient ce qui est disponible maintenant.  La plupart de ces adopteurs précoces poursuivent plus d’une stratégie, et certains font plusieurs choses en même temps. Ils ne le font pas seulement pour se protéger, mais dans l’espoir que certaines de ces mesures permettront une augmentation de la durée de vie. Ils supposent tacitement que si A et B augmentent tous deux l’espérance de vie, alors la combinaison de A et B ensemble fera mieux que l’une ou l’autre séparément.

Pour ces personnes, la pratique a pris le pas sur la connaissance.  Les connaissances sur les suppléments individuels anti-âge, les médicaments, les régimes alimentaires et les styles de vie ont été limitées à une inférence indirecte.  En ce qui concerne les interactions entre ces différentes mesures, les connaissances font presque totalement défaut.

Ce que nous savons est basé sur des inférences tirées de ce qui suit :

  • Expérimentation animale
  • Biochimie
  • Diverses théories du vieillissement 
  • Expériences « naturelles » limitées en épidémiologie

Cette dernière catégorie – les expériences naturelles – a vu le jour parce que, par hasard, on a découvert que certains médicaments largement prescrits pour la prévention de maladies courantes étaient associés à une diminution de la mortalité toutes causes confondues.  Les plus connues sont la metformine (prescrite pour prévenir le diabète) et l’aspirine (anticoagulant pour prévenir les maladies cardio-vasculaires). Étant donné que des millions de personnes prennent ces médicaments depuis un demi-siècle, leurs bienfaits modestes pour la prolongation de la durée de vie ont été documentés.

Pour de nombreux autres médicaments et suppléments, nous ne disposons pas de données épidémiologiques humaines.  Même s’ils sont largement utilisés, leurs effets sur la mortalité sont inconnus, car il faut des années ou des décennies pour qu’ils apparaissent.  L’étude prospective de l’épidémiologie du vieillissement humain est si lente et si coûteuse que presque rien n’a été fait. 

Les progrès récents dans le domaine des « horloges du vieillissement » basées sur les profils de méthylation de l’ADN ont peut-être ouvert la voie à des tests pratiques de la technologie anti-âge.  Les versions de l’horloge épigénétique publiées au cours de la dernière année prédisent la mortalité et la morbidité mieux que tout autre marqueur de santé antérieur, mieux que l’âge chronologique lui-même.  En effet, l’état de méthylation semble être un indicateur plus précis de l’âge biologique et du risque de mortalité que même les supports les plus précis attendus.

Perspectives d’une étude portant sur plusieurs interventions à la fois

Les meilleurs algorithmes d’horloge de méthylation existants sont précis à environ 2 ans pour les individus.  La moyenne de N=100 individus ramène l’écart-type de la moyenne à 0,2 an. Cela signifie que pour un échantillon de 100 personnes utilisant les mêmes interventions, une différence de 20 % dans le taux de vieillissement pourrait être décelable sur une période aussi courte que 2 ans.

On peut s’attendre à ce qu’un échantillon de 5 000 personnes utilisant différentes stratégies, comprenne environ 50 échantillons, de sorte que 50 combinaisons puissent être évaluées à partir d’un ensemble de données de cette taille.  Les économies associées au multiplexage et à l’analyse multivariée pourraient encore accroître la puissance statistique. Nous ne cherchons pas à caractériser chaque combinaison, mais seulement à identifier les combinaisons les plus prometteuses (les plus synergiques).  Dans une étude récente sur des données d’échantillons générées par ordinateur, à l’aide de données simulées, je démontre une méthodologie qui a une probabilité d’environ 80 % d’identifier une combinaison de 3 traitements qui, ensemble, ralentissent le vieillissement d’un quart.  S’il existe une combinaison qui ralentit de moitié le vieillissement ou qui fait reculer l’horloge épigénétique, nous devrions être en mesure de la détecter avec plus de confiance. 

Analyse exploratoire des données

Comme nous n’avons pas d’attentes à l’avance sur ce que nous trouverons, il sera approprié d’interroger les données à l’aide de divers modèles statistiques. Par exemple, voici deux stratégies possibles :

1. Tracer la distribution des taux de vieillissement pour tous les participants.  Une courbe symétrique en forme de cloche sera interprétée comme une indication qu’il n’y a pas de combinaison exceptionnelle de mesures.  Mais si la distribution est asymétrique avec une « queue grasse » à l’extrémité lente, c’est un signe que certaines combinaisons sont prometteuses.

La prochaine étape consistera à rechercher les caractéristiques distinctives dans les profils des personnes qui se situent dans les 5 ou 10 % des meilleurs et qui vieillissent le plus lentement.

2. Un autre mode d’analyse des données commence par le classement de chacune des mesures individuelles du questionnaire en fonction du taux moyen de vieillissement.  Limitée aux 10 ou 15 interventions les plus prometteuses, l’étape suivante consiste à examiner le taux de vieillissement associé à toutes ces paires. Les paires peuvent servir de base à la recherche des triples les plus prometteurs, et le processus peut se poursuivre par des combinaisons de 4 ou 5, tant que les résultats continuent de s’améliorer pour chaque intervention ajoutée.

Risques et avantages

Il s’agit d’une recherche exploratoire et, en tant que telle, les avantages potentiels sont élevés, mais les risques le sont aussi.  Beaucoup de choses peuvent mal tourner, et nous ne pouvons pas savoir à l’avance ce que nous allons apprendre ou, en fait, si nous allons apprendre quelque chose.

  • Les horloges de méthylation ont été étalonnées et validées chez des populations de personnes qui vieillissent naturellement.  Nous ne savons pas si les interventions qui ralentissent réellement le vieillissement auront des effets correspondants sur les profils de méthylation.  Je suis parmi les théoriciens qui croient que l’épigénétique joue un rôle fondamental dans le vieillissement, donc nous sommes plus prêts à croire que les bienfaits anti-âge se refléteront dans les horloges épigénétiques ; mais cette hypothèse demeure controversée.
  • Il se peut qu’aucune combinaison de mesures de notre répertoire actuel n’ait un effet important sur le vieillissement, ou que les mesures utilisées aient des effets différentiels qui ne s’additionnent pas pour produire de grands avantages dans aucune combinaison.  Si c’est le cas, la réponse que nous mesurons sera une courbe en cloche sans caractéristique, sans combinaison particulière qui se distingue des autres.  
  • L’échantillon de sujets expérimentaux peut changer leurs stratégies si fréquemment que les effets ne peuvent être distingués séparément.
  • Le programme dépend de l’exactitude de l’auto-déclaration de nombreux détails sur le mode de vie et l’alimentation, et les inexactitudes dans les rapports peuvent masquer des résultats importants.
  • Le nombre de combinaisons de stratégies est si grand que 5 000 sujets peuvent ne pas être suffisants pour assurer que les meilleures combinaisons sont échantillonnées adéquatement.

Mais dans le meilleur des cas, nous pouvons trouver une combinaison synergique de traitements qui ralentit le rythme du vieillissement ou qui permet un rajeunissement. Nous aurons plusieurs candidats (sur plusieurs milliers) de combinaisons de traitements qui pourront être testés dans le cadre d’une étude de suivi utilisant d’autres biomarqueurs et, finalement, des taux de mortalité observés pour valider les bénéfices anti-âge.  Si la méthodologie s’avère fructueuse, la base de données sera certainement élargie et complétée par d’autres, devenant ainsi une base de recherche qui s’élargira avec le temps.

Logistique : Comment l’étude sera réellement menée

  • 5 000 sujets seront interviewés et qualifiés à partir des listes de diffusion et des participants à des conférences, qui seront déployés au cours de la première année.
  • Tous les sujets seront invités à remplir un questionnaire en ligne.
  • Les échantillons de sang seront prélevés et analysés par Zymo Research of California, ou les échantillons de salive seront prélevés par Chronomics à Londres.  Je suis actuellement en négociation avec les deux sociétés.  Les entreprises enverront des kits et communiqueront directement avec les sujets.
  • Les réponses au questionnaire seront validées sur une période de deux semaines à l’aide d’une application de téléphone qui permet aux sujets d’entrer leurs aliments, leurs exercices et leurs suppléments en temps réel.
  • Nous resterons en contact avec chaque sujet tout au long de l’étude, en nous renseignant fréquemment sur les changements dans les suppléments, les doses ou les modes de vie.  
  • Le questionnaire sera de nouveau administré, suivi d’une validation par téléphone, après un an et deux ans.
  • Des échantillons de sang ou de salive seront prélevés et analysés de nouveau après un ou deux ans.

Personnel, budget et financement

  • Le projet commencera par l’embauche d’un gestionnaire des communications à temps plein pour rester en contact avec tous les sujets, pour répondre aux questions et pour établir une liste de diffusion afin qu’ils puissent communiquer entre eux et partager leurs réponses aux questions communes.
  • Une deuxième personne à temps partiel sera le gestionnaire de projet et embauchera d’autres experts-conseils juridiques au besoin pour s’assurer que nous avons le consentement éclairé des sujets et que nous respectons les lois sur la protection des renseignements personnels.  La programmation d’un site Web, d’une base de données et d’une application pour mobile sera effectuée par des bénévoles et des consultants embauchés.
  • Au début, les sujets paieront leur propre test de méthylation, qui est de loin le coût le plus élevé du projet.  Cependant, je m’attends à ce que d’ici quelques mois, grâce à une combinaison de financement public et de subventions de fondations, nous soyons en mesure d’offrir aux sujets les tests de méthylation gratuitement ou à un coût considérablement réduit.
  • Les salaires, les services de consultants, les frais généraux, les services d’approche et les déplacements devraient coûter entre 350 000 $ et 500 000 $ sur trois ans.  Les tests de méthylation s’élèvent actuellement à environ 400 $, au détail pour un test. 3 tests par sujet multiplié par 5 000 sujets est le pire cas de 6 000 000 $. Nous espérons que les coûts de cette nouvelle technologie diminueront rapidement et que des rabais de volume pourront être négociés.
  • Tous les résultats et toutes les données brutes seront affichés en ligne, accessibles au public afin que d’autres chercheurs puissent ajouter leurs propres analyses.
  • Le coût total du projet sera couvert par une combinaison d’autofinancement par sujet, de dons en nature, de financement par la foule et de subventions de fondations.

Josh Mitteldorf, le 7 avril 2019

http://Data-BETA.net 

 

 

 

 

Proposition de l’Alliance internationale pour la longévité pour la Décennie du vieillissement en bonne santé de l’OMS

HTTP://LONGEVITYALLIANCE.ORG/?Q=DECADE&FBCLID=IWAR1540AR0J7BFZ2C-CYQRKMJXTJR817MXO4CM2GKPZBVPB1XF01HSETRZ7C

Proposition de l’Alliance internationale pour la longévité pour la Décennie du vieillissement en bonne santé de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) (2020-2030)

L’International Longevity Alliance (ILA – Alliance internationale pour la longévité) se félicite de l’engagement de l’OMS en faveur d’une action concertée pour la Décennie du vieillissement en bonne santé et participe aux consultations en ligne pour les propositions de la Décennie qui sont ouvertes jusqu’au 8 septembre 2019.

Nous nous félicitons de la vision de l’OMS d’un monde dans lequel tous les êtres humains peuvent vivre plus longtemps et en meilleure santé. Cependant, le projet Zéro n’aborde pas suffisamment l’Objectif stratégique 5 : « Améliorer la mesure, le suivi et la recherche sur le vieillissement en bonne santé » de la stratégie mondiale et du plan d’action de l’OMS sur le vieillissement et la santé.

En ce qui concerne le projet zéro de la proposition pour la Décennie du vieillissement en bonne santé à partir du 12 juin 2019, sa section 4.4 « Encourager la recherche et l’innovation » devrait être considérablement renforcée par un programme de recherche biomédicale et clinique. En fait, une section distincte devrait être consacrée à la recherche biomédicale et à l’innovation en matière de vieillissement.

La principale caractéristique du vieillissement et de l’âge avancé est l’augmentation progressive du risque de détérioration de la santé et de la capacité intrinsèque de l’organisme. Le vieillissement est reconnu par l’OMS comme un facteur de risque de maladies en incluant le code d’extension XT9T « lié au vieillissement » dans la Classification internationale des maladies numéro 11 en 2019. Le vieillissement est défini comme étant « causé par des processus pathologiques qui conduisent de façon persistante à la perte de l’adaptation et du progrès de l’organisme chez les personnes âgées ».

 La Recherche et Développement dans les domaines du vieillissement biologique et des maladies liées au vieillissement est la principale stratégie à long terme pour améliorer la santé et la qualité de vie des personnes âgées. Par conséquent, les travaux et la coopération dans le domaine de la recherche biomédicale et clinique sur le vieillissement et les maladies liées au vieillissement menés par l’OMS, les parties prenantes de l’OMS et les acteurs non gouvernementaux devraient être explicitement mentionnés comme point de l’ordre du jour de la Décennie du vieillissement en santé. Il existe un consensus croissant sur la nécessité d’inclure la R&D pour une longévité saine dans l’agenda mondial de l’OMS (voir, par exemple, Stambler I, Jin K, Lederman S, Barzilai N, Olshansky SJ, Omokaro E, Barratt J, Anisimov VN, Rattan S, Yang S, Forster M, Byles J. La santé et R&D pour une longévité saine doivent faire partie du programme de travail de l’OMS. Aging and Disease, 9(2), 331-333, 2018).

Nous proposons les changements suivants dans le projet Zéro :

  1. Le premier paragraphe de la section « Vivre plus longtemps » doit inclure la recherche biomédicale et l’innovation parmi les raisons de l’allongement de l’espérance de vie en bonne santé ainsi que de « meilleures mesures de santé publique ».
  2. La section « Vie plus longue et plus saine » devrait mettre davantage l’accent sur l’allongement de la durée de vie en bonne santé, y compris les moyens biomédicaux. En particulier :

2.1. Le troisième paragraphe de la section « Vivre plus longtemps et en meilleure santé » doit inclure la recherche biomédicale et l’innovation. Des environnements favorables viennent s’y ajouter, mais les solutions biomédicales préventives et curatives sont particulièrement précieuses pour prolonger la durée de vie en bonne santé.

2.2. Le quatrième paragraphe de la section « Vivre plus longtemps et en meilleure santé » doit inclure la recherche et l’innovation biomédicales et le style de l’écriture ne doit pas sous-estimer les capacités physiques et mentales. Les solutions biomédicales ne doivent pas être ignorées, d’où une suggestion pour le quatrième paragraphe : « Cette capacité est en partie déterminée par la capacité physique et mentale de l’individu, et cette partie peut notamment être améliorée par des développements biomédicaux. Les capacités fonctionnelles peuvent également être améliorées par des environnements physiques et sociaux. Les développements biomédicaux devraient être au centre de l’engagement politique et de l’action sociétale, ainsi que de l’amélioration de l’environnement ».

2.3. Dans la section « Vivre plus longtemps et en meilleure santé », en particulier au cinquième paragraphe, il convient d’indiquer que les solutions qui améliorent la santé physique ou mentale doivent être préférées aux solutions qui prolongent la vie sans améliorer la santé physique ou mentale. C’est vrai pour les solutions biomédicales et environnementales et c’est essentiel pour favoriser de meilleures solutions pour une vie plus saine. Par exemple, les solutions biomédicales qui préviennent les maladies ou les guérissent sont clairement préférables aux traitements chroniques qui maintiennent les patients en vie mais malades.

  1. En ce qui concerne la section 3.2 « Assurer aux personnes âgées des soins intégrés centrés sur la personne », l’ILA propose que les soins médicaux pour les personnes âgées soient non seulement accessibles et de haute qualité, mais aussi orientés vers la production de nouvelles connaissances médicales au profit des personnes âgées. 
  2. En ce qui concerne la section 4.4 « Encourager la recherche et l’innovation », une section distincte devrait être élaborée en plus de la section 4 « Partenariat pour le changement ». Dans cette section, les processus pathogènes du vieillissement, les biomarqueurs du vieillissement, les innovations biomédicales améliorant le vieillissement, y compris les nouveaux médicaments, les thérapies génétiques et cellulaires, devraient devenir la priorité. Il est nécessaire de s’éloigner des approches spécifiques aux maladies et de développer des solutions biomédicales globales à long terme. 
  3. La nouvelle section devrait mettre fortement l’accent sur la R-D biomédicale et devrait comprendre les éléments suivants : 

5.1. Le programme de la Décennie devrait mettre davantage l’accent sur l’amélioration de l’acquisition, du traitement et du partage des données sur la population vieillissante, ses maladies et ses handicaps, ainsi que sur des interventions thérapeutiques efficaces fondées sur des données probantes. Ainsi, les bases de données de dossiers médicaux assureraient de meilleures propriétés du conseil médical en termes de mesures préventives efficaces. Enfin, les gouvernements devraient soutenir le développement de systèmes d’information médicale basés sur l’IA, y compris des systèmes pour la documentation de recherche et l’analyse des données médicales personnelles.

5.2. Des lignes directrices de pratique clinique devraient être élaborées pour prévenir et traiter non seulement les maladies liées au vieillissement, mais aussi le vieillissement dégénératif en tant que processus pathologique en soi (c’est-à-dire des lignes directrices de pratique clinique pour la prévention primaire systémique de la multimorbidité des personnes d’âge moyen et au troisième âge). Cela permettrait aux médecins praticiens de prescrire des interventions, des suppléments, des médicaments et d’autres thérapies fondés sur des données probantes pour améliorer le mode de vie des personnes âgées, ce qui, en bout de ligne, permettrait à chaque personne d’avoir accès à ces thérapies.

5.3. Il est essentiel d’améliorer la définition de la capacité intrinsèque et de la capacité fonctionnelle fondée sur des preuves scientifiques afin d’inclure des paramètres physiologiques, biologiques et fonctionnels mesurables pour évaluer la santé et l’efficacité des interventions visant à améliorer le vieillissement.

5.4 Pour réaliser des progrès aussi importants en matière de longévité en santé, il est nécessaire d’appuyer de vastes études de cohortes et d’autres études sur les biomarqueurs du vieillissement, qui sont nécessaires pour surveiller et élaborer des solutions adéquates en santé. Bien qu’il y ait eu des progrès importants dans ce domaine, surtout en ce qui concerne les biomarqueurs de fragilité, le consensus sur les biomarqueurs du vieillissement nécessite encore plus de recherche. L’analyse personnalisée devrait être intégrée aux systèmes de biomarqueurs afin de contribuer de manière significative aux développements en matière de santé et d’assurer un développement plus efficace de nouvelles thérapies et autres solutions médicales dans un avenir proche.

  1. Compte tenu des tâches qui incombent aux États Membres, au Secrétariat (OMS et autres organismes du système des Nations Unies) et aux partenaires nationaux et internationaux, nous proposons ce qui suit :

6.1. Parmi les tâches du Secrétariat (OMS et autres organismes du système des Nations Unies), l’Organisation mondiale de la Santé devrait constituer une unité spéciale pour assurer la coordination mondiale de la recherche biomédicale sur le vieillissement. Il devrait y avoir un projet mondial de recherche biomédicale sur le vieillissement sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (peut-être, conjointement par le Département du vieillissement et des parcours de vie et la Division des maladies non transmissibles), tout comme le projet du génome humain a réussi à réaliser une percée dans le développement de la génétique. Il devrait y avoir un groupe de travail international chargé de surveiller et d’établir les priorités mondiales en matière de recherche fondamentale et translationnelle sur le vieillissement et de fournir des conseils et des orientations aux gouvernements.

6.2. Compte tenu des tâches qui incombent aux États membres, les régulateurs nationaux devraient faciliter les investissements dans les développements thérapeutiques visant à améliorer le vieillissement : i) les systèmes de santé devraient financer les développements cliniques et l’accès aux thérapies améliorant le vieillissement ; ii) les systèmes de retraite devraient également diversifier leurs actifs dans ces solutions ; iii) les prestataires de soins et les personnes en maison de retraite devraient être encouragés à participer aux essais cliniques sur les interventions améliorant le vieillissement, avec un bon profil éthique et un rapport bénéfices/risque élevé.

6.3. Parmi les tâches des partenaires nationaux et internationaux, nous proposons que l’Organisation mondiale de la santé encourage les parties de l’OMS à investir dans la recherche biomédicale sur le vieillissement conformément à la Déclaration politique des Nations Unies sur les maladies non transmissibles et à l’objectif 3.b du développement durable de l’ONU, qui pourrait prendre les formes suivantes :

  • Un soutien financier accru à l’investissement public, ainsi qu’un soutien financier et des avantages fiscaux pour les entreprises qui mettent au point de nouvelles thérapies dans les domaines du vieillissement et de la longévité, y compris un soutien ciblé aux essais cliniques visant à améliorer la qualité de vie ;
  • Encourager les établissements de recherche médicale à organiser et à diriger la recherche fondamentale et les essais cliniques, petits et grands, dans les domaines du vieillissement et de la longévité, y compris les thérapies à fort potentiel de bienfaits pour la santé, mais dont les brevets sont expirés ;
  • Inclure la recherche biomédicale sur la santé et la longévité dans les plans et programmes nationaux de recherche ;
  • Non seulement les pays à revenu élevé, mais aussi les pays à revenu faible et intermédiaire devraient participer à des projets de recherche multinationaux et à des essais cliniques pour assurer la diversité génétique, la réduction des coûts mondiaux de R&D et le transfert d’expertise. 

  1. Des indicateurs de R&D dans le domaine du vieillissement en bonne santé et de la longévité doivent être inclus comme mesures de réussite.

 

lien : 

http://longevityalliance.org/?q=decade

 

Sexe et longévité. La mort de la mort. Août 2019. Numéro 125.

Souverain, mon maître, la vieillesse est advenue, le grand âge s’est abattu, l’épuisement est arrivé, la faiblesse se renouvelle. Il passe chaque jour à dormir, comme retombé en enfance. La vue baisse, il devient dur d’oreilles, la force vient à manquer, le coeur est las, la bouche est silencieuse, elle ne parle plus, le coeur n’est plus, il ne se souvient plus d’hier, toute l’ossature fait souffrir, le bon se transforme en mauvais. Chaque goût disparaît. L’action de la vieillesse sur le genre humain est mauvaise sous tous rapports. Le nez est bouché, il ne respire plus, il est aussi pénible de se lever que de s’asseoir.

C’est ainsi qu’il y a 44 siècles, le vizir Ptahhotep, qui allait prendre un « bâton de vieillesse », c’est-à-dire un assistant, aurait décrit au roi Djedkarê Isési à 110 ans les infirmités qui commençaient à l’accabler. L’âge de 110 ans et la vieillesse chez les égyptiens. Gustave Lefebvre. 1944. Remarque : il est expliqué dans l’article qu’il s’agissait de durées de vie inventées, aucun égyptien de l’antiquité ne vécut probablement plus d’une centaine d’années.


Thème du mois : Vivre plus longtemps, une inégalité en faveur des femmes ?


Différences parmi les animaux

Chez bien des espèces animales, il y a des différences selon le sexe en ce qui concerne la durée de vie. Ces différences peuvent être spectaculaires par exemple en ce qui concerne les insectes sociaux. Certaines reines d’une espèce de fourmi peuvent vivre jusqu’à 30 ans alors que les mâles meurent rapidement après la fécondation, quelques jours après avoir atteint l’âge adulte.

Parmi les animaux en général, les différences entre les sexes ne sont généralement pas importantes. Il faut d’ailleurs distinguer la durée de vie moyenne, normale, en liberté, et la durée de vie maximale, protégé des éléments et des prédateurs en captivité. Pour la durée de vie à l’état sauvage, les animaux les plus forts (qui peuvent être les femelles où les mâles selon les espèces) vivent plus longtemps. En captivité, ce sont plutôt les animaux les plus petits qui vivent plus longtemps.

Chez certaines espèces, le moment de la reproduction est celui de la fin de la vie, l’exemple le plus connu et spectaculaire étant celui des saumons. Parfois, les femelles peuvent vivre plus longtemps afin de porter la génération suivante. Il en va ainsi de l’antechinus, une espèce de marsupial. La femelle survivra jusqu’à ce que les jeunes puissent devenir autonomes et parfois, la femelle pourra même avoir une seconde portée. Le mâle, lui, a la vie la plus courte parmi tous les mammifères, moins d’un an, vie qui se termine très peu de temps après la reproduction.

Ce qui pourrait créer une différence importante selon le sexe, à savoir le mécanisme de ménopause, n’existe, en dehors des humains, que chez certains cétacés dont les orques.

Différences entre femmes et hommes : le naturel et le culturel

Il est largement connu que les femmes vivent aujourd’hui en moyenne plus longtemps que les hommes. Ainsi, en France en 2017, l’espérance de vie atteignait 85,4 ans pour les femmes et 79,5 ans pour les hommes. C’est bien sûr entre autres grâce au fait que la mortalité maternelle à l’accouchement est devenue un évènement très rare. Alors qu’il naît un peu plus d’hommes que de femmes, le nombre de femmes sur la planète dépasse celui des hommes. Jusqu’il y a quelques décennies, la différence sexuelle se marquait d’abord dans les décès plus nombreux des jeunes garçons que des jeunes filles. Aujourd’hui, sauf dans les pays les plus pauvres, la mortalité infantile étant devenue faible voire négligeable, c’est surtout aux âges avancés que se marquent les différences. En France, en 2018, 58 % des personnes âgées de 80 ans étaient des femmes, 69 % des personnes âgées de 90 ans et 81 % des centenaires. Parmi les très rares personnes qui dépassent l’âge de 110 ans, il n’y a presque pas d’hommes. Les 10 personnes qui ont vécu (de manière prouvée) le plus longtemps dans l’histoire de l’humanité sont d’ailleurs des femmes.

Dans tous les pays du monde sauf deux pays extrêmement pauvres (Mali et Eswatini, ex-Swaziland), les femmes vivent en moyenne plus longtemps que les hommes, malgré qu’elles aient un niveau de vie, dont un accès aux soins, souvent moindre, particulièrement à un âge avancé, souvent synonyme d’isolement.

La durée de vie, tant moyenne que maximale, est donc un domaine où il est préférable de naître femme plutôt qu’homme.

Les causes de ces différences sont presque certainement biologiques, mais il y a aussi des raisons socio-culturelles :

  • moins de prise de risque, par exemple moins de décès dans les accidents de voiture;
  • moins de violence, notamment moins de meurtres (commis, mais aussi subis, malgré les féminicides);
  • moins de suicides aboutis; 
  • moins de consommation de tabac et d’alcool.

Dans de nombreux pays riches à l’espérance de vie longue, l’espérance de vie des hommes progresse plus que celle des femmes et donc la différence de durée de vie entre femmes et hommes tend à diminuer. Ceci s’explique probablement par une raison culturelle, à savoir que les comportements des personnes des deux sexes s’uniformisent, mais peut-être aussi parce que, sans progrès médical de rupture, nous ne pouvons plus guère progresser dans l’espérance de vie et donc ceux et surtout celles qui sont « au sommet » ne grimpent plus guère.

Enfin, également beaucoup moins positif, selon les statistiques relatives à la durée de vie en bonne santé, la partie de la vie sans problème important de santé est généralement moindre chez les femmes. En ce qui concerne l’inégalité devant la souffrance et les maladies non mortelles, une partie des explications est certainement culturelle, notamment la moins bonne couverture médicale et assistance des femmes âgées. Mais des différences biologiques peuvent aussi expliquer cette situation, particulièrement les profondes transformations qui se produisent lors de la ménopause. Selon une étude récente provenant de chercheurs autrichiens, il apparaît d’ailleurs que le visage des femmes se modifie plus rapidement que celui des hommes après 50 ans, l’âge moyen de la ménopause.

La castration, une recette de longévité ?

Ce paragraphe est à prendre au second degré. Comme disent les anglophones Don’t try this at home. Selon certains, la suppression d’hormones mâles aurait un effet positif sur la longévité. Une étude de 2012 avait établi que les eunuques vivaient plus longtemps que les autres personnes dont l’âge du décès était connu dans les palais royaux coréens. Cependant, ceci pourrait être dû d’abord au meilleur traitement de ces personnes par rapport aux membres « ordinaires » de l’entourage des dirigeants coréens du passé.

De manière beaucoup moins invasive, certains ont proposé l’injection d’hormones pour favoriser la longévité. Mais les effets sur l’apparence physique étant importants, il n’y a pas eu d’expérimentations larges d’hommes prenant des hormones féminines.

A noter, à propos de sexe et de longévité, que l’abstinence sexuelle a souvent été proposée comme un moyen de longévité, de « préserver l’énergie », ceci complémentairement à de nombreux aspects religieux, par exemple le taoïsme. Il semble en fait qu’une pratique sexuelle modérée favorise la longévité.

Aujourd’hui, un nombre beaucoup plus important que par le passé de personnes changent de sexe. Il est encore trop tôt pour en estimer l’impact sur l’espérance de vie. Et les circonstances psychologiques et sociales auront très probablement un impact important à ce sujet, avant l’aspect proprement physiologique.

Les pistes du futur pour une vie en bonne santé beaucoup plus longues des femmes … et des hommes.

La différence d’espérance de vie s’explique notamment par de meilleurs comportements, une meilleure hygiène de vie, malgré des conditions globalement moins favorables. Des gains de longévité modestes sont possibles en examinant les différences et en imitant ce que font les femmes.

Or, trop souvent, les expérimentations médicales ne concernent que les hommes. Et même en ce qui concerne les expérimentations sur des animaux, très souvent, elles ne sont effectuées que sur des animaux mâles. C’est évidemment nuisible pour les femmes de ne pas observer les questions de santé spécifiques, mais aussi potentiellement pour tous les humains.

Pour des gains de longévité importants, la différence de la durée d’espérance de vie maximale s’explique par des raisons in fine génétiques. Les femmes diffèrent des hommes. Nous savons que de nombreux gènes sont associés à la longévité et nous savons que les femmes et les hommes diffèrent par la présence de deux chromosomes Y chez les femmes et un chromosome X et un chromosome Y chez les hommes.

A ce jour, aucun « gène de longévité » ayant un impact important n’a été découvert sur les chromosomes X ou Y (ni d’ailleurs sur aucun gène). Il s’agit probablement plutôt de la combinaison de gènes. Les recherches qui portent sur le séquençage potentiel de millions de personnes permettront peut-être d’en détecter.


La bonne nouvelle du mois : L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) interroge les citoyens à propos d’une décennie de « vieillissement en bonne santé »


L’OMS a annoncé que la décennie 2020-2030 serait consacrée au vieillissement en bonne santé (mais le terme longévité serait préférable à celui de vieillissement). Elle invite les citoyens et les organisations à prendre position à ce sujet. Plusieurs organisations internationales se sont prononcées pour inscrire la recherche biomédicale pour une vie en bonne santé beaucoup plus longue comme étant la priorité pour les progrès dans ce domaine.

Si vous le souhaitez, vous pouvez soutenir ou vous inspirer de la position de l’International Longevity Alliance pour émettre sur le site de l’OMS, jusqu’au 8 septembre 2019, votre point de vue à ce sujet.


Pour en savoir plus:

 

 

 

Droits d’auteur et longévité. La mort de la mort. Juillet 2019 . Numéro 124.

Il y a des gens qui pensent que sans la perspective de la mort, la vie n’a plus de sens. Mais vous savez, je regarde les jeunes enfants, ils sont pleins de joie de vivre, ils bondissent hors du lit le matin, ils veulent se rencontrer et jouer. Ils ne le font pas parce qu’ils pensent qu’ils vont mourir un jour. Ils vivent pour l’amour de la vie. Ils ne vivent pas pour l’amour de la mort. Et à mon avis, nous sommes tout à fait capables de trouver de nombreux sens à la vie, même s’il n’y a aucune menace de mort devant nous. David Wood, auteur de The abolition of aging. Sur la chaîne Skynews. 19 Juin 2019 (traduction).


Thème du mois : Un copyright pour la pilule de l’immortalité ?


Introduction

Il y a 26 siècles environ, les habitants de Sybaris, colonie grecque dans ce qui est aujourd’hui la Calabre, inventent le droit d’auteur.

Les sybarites étaient réputés pour leur goût du luxe à tous égards, notamment celui de l’alimentation. Ils octroyaient aux cuisiniers le droit exclusif à leurs recettes de cuisine. Selon Phylarque de Naucratis, grec égyptien du 2ème siècle avant Jésus-Christ : « si un cuisinier inventait de nouvelles et succulentes recettes, nul autre de ses confrères n’était autorisé à les mettre en pratique pendant une année, lui seul ayant le privilège de confectionner librement son plat. Le but avoué de la chose était d’encourager les autres cuisiniers à se concurrencer dans la confection de mets toujours plus raffinés« .

En 2019, les fictions juridiques que sont les droits intellectuels ont envahi la vie sociale mondiale, s’immisçant dans les domaines les plus improbables de nos activités: arts, écrits, paroles, danses, inventions, représentations et même beaucoup de ce qui est naturel mais théoriquement appropriable depuis certaines espèces vivantes jusqu’aux objets extra-terrestres. Sont « appropriables » notamment, les médicaments, les techniques médicales, les articles scientifiques de recherche pour une vie plus longue en bonne santé, les noms de produits…

Tout cela s’intègre dans un cadre où les signes, symboles et objets virtuels, occupent une place de plus en plus importante dans la vie sociale. La complexité, la volatilité et les contradictions qui en résultent, génèrent un processus de décision de plus en plus lent, processus qui prend malheureusement peu en compte les objectifs de longévité issus de recherches pour la santé et un meilleur environnement.

Les anciens grecs seraient probablement surpris de constater que malgré toute l’imagination de ceux qui font profession de monétiser toute production de l’esprit, les recettes de cuisine sont généralement considérées aujourd’hui comme non appropriables. Une recette diététique, variante du régime crétois, présumée utile pour la longévité, ne sera pas protégeable.

Mais il serait encore plus surpris de savoir que si une jeune fille de 20 ans écrit ce jour un beau texte pour la promotion de la santé et le publie dans ce qui est aujourd’hui la France, théoriquement, son texte pourra bénéficier financièrement à ses descendants (mais pratiquement à son éditeur) jusqu’au milieu du 22ème siècle, précisément jusqu’en l’an 2159 si la personne décède à 90 ans. Même dans un siècle, en théorie, ils pourront refuser une publication qu’ils considéreront comme ayant un but contraire aux idées de l’auteure. Et si les recherches pour la longévité permettent un jour une vie sans limitation de durée, le droit d’auteur n’aura plus de limite (sauf changement de législation bien sûr).

Droits intellectuels – Droit d’auteur – Copyright – Marques – Brevets

Voici une présentation résumée à l’extrême d’un domaine qui s’étend sur des millions de pages.

Les droits de propriété intellectuelle (en anglais Intellectual Property, IP) sont l’ensemble des droits qui permettent à des personnes de restreindre le droit d’autres personnes d’utiliser certaines choses, productions, oeuvres en raison d’une « propriété » intellectuelle. En théorie, ces droits protègent l’auteur. En pratique, ces droits protègent quasiment toujours les représentants de l’auteur, le plus souvent sans que l’auteur lui-même y gagne quoi que ce soit et ait eu un véritable choix par rapport au contrat. Par exemple une maison d’édition scientifique ou une société de gestion de droit peut empêcher un auteur de mettre ses connaissances au service de la collectivité, une entreprise ayant racheté des brevets médicaux peut empêcher l’inventeur d’une technique médicale nouvelle d’en faire bénéficier ceux qui en ont besoin…

Le droit d’auteur est le droit intellectuel le plus classique. Un article scientifique ou de vulgarisation médicale, sur papier ou en ligne, mais aussi la plupart des autres formes d’expression culturelle originale telles une photo, un schéma médical, une musique relaxante, une sculpture anatomique originale… fera en principe toujours l’objet d’une protection de droit d’auteur.

Le copyright, c’est le même concept globalement mais en droit anglo-saxon, notamment aux Etats-Unis et en Grande=Bretagne. Ceci concerne la plupart des revues médicales et scientifiques prestigieuses (The Lancet, Elsevier, Springer, Nature…). Généralement, le droit d’auteur comme le copyright ne s’éteint que 70 ans après le décès de l’auteur (50 ans dans certains pays). Aujourd’hui, ce droit n’est plus soumis à aucune formalité, le célèbre signe © n’étant généralement plus une obligation.

Les marques bénéficient d’une protection qui va s’étendant dans des domaines parfois absurdes comme des objets courants (même une pomme ou des fenêtres !). Dans le domaine médical, une des nuisances nées de ce droit est que bien des médicaments similaires portent des noms variables pour pouvoir vendre plus, ce qui rend l’accessibilité moindre (par le manque de transparence, les confusions selon les noms des médicaments, les tarifications différentes, …).

Le brevet, c’est le droit intellectuel lié à une invention. Il permet au détenteur du droit de bénéficier de l’exclusivité des droits patrimoniaux issus de son exploitation. Le droit est beaucoup plus court que le droit d’auteur (20 ans parfois prolongeable de 5 ans) et nécessite une formalité, à savoir l’enregistrement. Les médicaments et les dispositifs médicaux sont généralement brevetés.

Des conséquences des droits d’auteur pour les médicaments et thérapies

A la question « Qu’est ce qui peut être utilisé pour les progrès médicaux sans crainte de recours juridique ? », la réponse courte est « Presque rien ». En effet, certains se font une spécialité des recours (sur base de l’ensemble du droit commercial, pas seulement les droits d’auteur) contre toute utilisation novatrice ou plus exactement pour tenter de retirer des bénéfices de toute utilisation novatrice. Une partie de ces démarches seraient comiques si elles n’étaient pas particulièrement nuisibles à la collectivité. Ainsi, des sociétés pharmaceutiques ont essayé de s’emparer de produits qui étaient utilisés par des peuples autochtones depuis des siècles. Très souvent, pour des raisons de droits d’auteur mais aussi pour des raisons fiscales, ces appropriations sont tentées par des entités avec des statuts juridiques de type « startup » et/ou avec une dimension internationale d’une grande opacité. Enfin, les aspects juridiques contribuent, dans un contexte administratif déjà extrêmement lourd, à un environnement d’une complexité souvent surréaliste générant des millions de formulaires d’accords de non divulgation (NDA), de contrats d’auteur et autres dispositions dont personne ne comprend l’ensemble des implications, même pas les avocats et autres juristes qui les écrivent.

Plus largement, il peut y avoir développement d’une évolution globale des désirs des chercheurs fait de l’appât du gain mais aussi de la recherche de la respectabilité née d’accords avec des entreprises privées. Sans startup, certains chercheurs risquent de penser (à tort) qu’ils ne sont rien. Ceci alors que le but d’origine, pour les chercheurs, est souvent d’apporter des bienfaits à la collectivité.

La conséquence négative la plus connue est la croissance de prix à des niveaux inaccessibles pour certaines thérapies car les sociétés doivent générer des bénéfices. Ceci concerne les traitements de maladies dites orphelines et aussi de nombreuses thérapies innovantes. Bien des malades pauvres en meurent. Et là où le système de soins de santé permet l’intervention publique, les coûts sociaux sont élevés.

De plus, pour que les produits se vendent bien, il est important de présenter les résultats de la manière la plus positive et de minimiser les résultats négatifs, ce qui nuit à la transparence.

Lorsqu’un produit pharmaceutique devient libre de droits, les sociétés qui disposaient de brevets seront poussées à faire des recherches visant à légèrement améliorer le produit dans un but nettement plus commercial que thérapeutique. Et surtout, en ce qui concerne les progrès « difficilement appropriables, vendables ou brevetables », la recherche sera très difficile à réaliser par des entreprises privées. Il en va ainsi des recherches prometteuses pour la lutte contre le vieillissement sur la metformine (dont le brevet est expiré).

Généralement, l’ADN et donc toutes les modifications génétiques, particulièrement chez l’humain, sont (heureusement) considérés comme non brevetables. Par contre, les moyens pour parvenir à une modification génétique le sont. Un affrontement juridique complexe oppose les différents chercheurs (et surtout les sociétés!) impliqués dans les recherches de type CRISPR. Si, un jour, une thérapie génique est découverte ayant un impact pour une vie en bonne santé beaucoup plus longue, rendre cette thérapie accessible à tous devrait être plus facile juridiquement que de photocopier un album de Tintin pour votre petit cousin.

Des conséquences des droits d’auteur pour les publications

Le système de publication pour les articles scientifiques est largement reconnu comme aberrant. Quelques éditeurs privés disposent d’un monopole de fait pour l’édition des revues scientifiques prestigieuses accessibles en ligne. L’accès à ces revues est vendu extrêmement cher et est donc en principe presque inaccessible, non seulement pour les citoyens ordinaires, mais même pour les chercheurs sauf dans les universités « riches ». Heureusement, ces dernières années, des progrès considérables ont eu lieu avec les développements suivants:

De nombreuses publications se font sans le consentement des éditeurs afin de permettre l’accessibilité aux chercheurs. L’initiative la plus connue et la plus efficace est Sci-Hub créé par l’informaticienne kazakh Alexandra Elbakyan. Ces démarches sont généralement considérées comme illicites, même si l’on peut parfois considérer juridiquement que nécessité fait loi pour permettre les recherches qui sauvent des vies. En pratique, il y a de multiples autres moyens d’obtenir des documents de chercheurs, notamment en demandant l’accès aux intéressés.

Au niveau européen, le plan S a l’ambition d’obliger à partir de 2021 à ce que toutes les publications scientifiques financées par des moyens publics soient publiées dans des revues à libre accès. Ce plan s’inscrit dans une logique qui devrait être évidente : ce qui est payé avec des moyens publics doit être mis à disposition du public. Il est à noter, de manière assez surprenante, que la réglementation la plus « progressiste » dans ce domaine est la législation fédérale américaine qui prévoit que ce qui est réalisé par l’administration fédérale est en principe accessible à tous : depuis les photos de la terre par la Nasa jusqu’aux documents utiles à la recherche médicale.

Conclusion et perspectives

Malgré le tableau sombre qui précède, les droits d’auteur ont certainement eu certaines utilités pour la recherche médicale dans l’environnement social et économique actuel. Sans eux, bien des chercheurs n’auraient plus de revenus et bien des recherches pour des produits potentiellement utiles pour la longévité devraient être abandonnées.

Mais une mise en commun radicalement facilitée des projets et des résultats des recherches par des investissements, notamment publics, serait un facteur considérable d’avancée. Il serait utile d’avoir des dispositions légales simples et compréhensibles aboutissant à ce que les résultats des recherches soient « libres de droits » et que l’indemnisation juste des chercheurs et des partenaires privés ne puisse aucunement freiner la mise à disposition des thérapies aux citoyens.


La bonne nouvelle du mois : CHAI, Initiative californienne pour le vieillissement en santé pour un référendum au pays de la Silicon Valley


Des militants longévitistes de Californie et d’ailleurs soutiennent une initiative électorale visant à fournir 12 milliards de dollars en financement public pour la recherche sur la lutte contre le vieillissement au cours des 12 prochaines années. La Californie est l’un des États où les citoyens peuvent créer des lois directement de par leurs votes. En 2004, ce processus a été utilisé avec succès pour affecter trois milliards de dollars à la recherche sur les cellules souches. Mais recueillir des signatures et éduquer le public est une proposition coûteuse. Ils auront besoin d’une vaste coalition d’intérêts (probablement avec des centaines de milliers de signatures de citoyens) pour permettre que le référendum ait lieu.

C’est un enjeu considérable. Si le référendum se tient, cela serait la première fois que des millions d’électeurs seraient directement amenés à se prononcer à propos de recherche pour la longévité. Et quel meilleur endroit pour aborder ces questions que la Silicon Valley ?


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