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La mort de la mort N° 140 Les tests cliniques et la longévité. Novembre 2020.

Il serait plus utile de trouver comment rendre définitivement notre génome à l’abri de tous les soucis plutôt que de rechercher des solutions palliatives.

Certains spécialistes de l’éthique croient être seuls sur ce qu’ils pensent être la bonne voie du progrès ! La voie lente qui laissera derrière elle des milliards de morts faute de soins préventifs/curatifs que des modifications du génome auraient permis.

Cette vision m’exaspère, car les malades ont besoin de solutions concrètes et non de bobards moraux.

Arnaud D. Militant longévitiste, courriel privé en novembre 2020.


Thème du mois : Les tests cliniques et la longévité


 

Essais cliniques

Les essais cliniques constituent une phase essentielle du développement des nouveaux médicaments. À mi-chemin entre la recherche en laboratoire, sur des cellules en culture ou des animaux (rongeurs, singes…), et la prise en charge du patient, ce long processus se déroule en plusieurs phases et permet de s’assurer que les bénéfices soient supérieurs à d’éventuels risques. C’est un élément indispensable dans l’élaboration des données massives pour la santé et la longévité.

Les essais cliniques permettent notamment de déterminer les populations pour lesquelles le médicament est le plus efficace et les conditions optimales d’utilisation (voie d’administration, concentration, posologie, …). Il existe trois phases dans ces essais cliniques, nécessaires avant que la molécule puisse être autorisée à la vente comme médicament ; plus une quatrième après la commercialisation du produit.

Phase 1, l’évaluation de la toxicité de la molécule

L’essai clinique de phase 1 correspond à la toute première utilisation d’une nouvelle molécule chez l’homme. Elle peut éventuellement donner lieu à rémunération. La molécule est testée sur une période courte, de quelques jours à quelques mois et sur un nombre restreint de personnes, pas plus de quelques dizaines.

L’essai de phase 1 a pour objectif de procéder à une évaluation à court terme de la sécurité d’emploi du produit, c’est-à-dire son éventuelle toxicité, son devenir à court terme dans l’organisme et un premier profil pharmacocinétique.

En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) établit que, dans ce type d’essai de première administration, « la première dose administrée de la nouvelle substance active ne doit entraîner aucun effet toxique détectable à court terme ». Selon le Leem (association des entreprises du médicament), 30% des produits testés échouent à passer cette première phase.

Phase 2, l’efficacité et la posologie optimale étudiées

Une fois la toxicité étudiée, c’est l’efficacité du produit qui est évaluée dans les essais de phase 2. Ce type d’essais est réalisé sur de petits groupes homogènes de 10 à 40 patients atteints de la maladie ciblée sur une durée allant de quelques mois à 2 ans. Il s’agit notamment de déterminer la posologie la plus adéquate, la plus petite dose efficace pour une pathologie donnée, et d’optimiser la forme pharmaceutique du produit. Seulement un tiers des produits testés franchiraient les essais de phase 1 et 2.

Phase 3, l’étude du rapport bénéfice/risque du candidat médicament

Le candidat médicament est, cette fois, testé sur un large échantillon de patients (au moins plusieurs centaines), souvent dans des études à l’échelle internationale.  Il s’agit là de comparer le médicament en développement à un placebo (un médicament dénué d’activité thérapeutique) ou à un autre médicament ayant déjà fait ses preuves. Idéalement cette phase doit être effectuée avec des groupes composés de manière aléatoire. L’objectif est de prouver l’efficacité et d’évaluer les rapports d’efficacité/tolérance et de bénéfices/risques de la molécule. Cette étape doit également permettre la mise en évidence d’éventuelles interactions avec toute autre médication simultanée.

C’est seulement après ces étapes de validation de la molécule que le médicament peut éventuellement obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM). Entre 70% et 90% des médicaments entrant en phase 3 sont retenus pour une demande d’autorisation de mise sur le marché.

Phase 4, un suivi de longue durée après commercialisation

Cette étape supplémentaire est une phase de suivi du médicament désormais commercialisé. Les essais sont réalisés tout au long de la commercialisation du médicament et permettent d’approfondir la connaissance du produit en conditions réelles d’utilisation et de détecter les effets indésirables plus rares qui ne peuvent être détectés avant.

Réglementation européenne

Le règlement européen EU 536/2014 relatif aux essais cliniques (CTR), qui est entré en vigueur en 2019, entraîne un changement de taille pour les chercheurs européens. Les objectifs principaux de ce changement important dans la législation sont une simplification administrative et une harmonisation au niveau européen.

Via un portail central de l’UE, une seule demande (CTA, clinical trial authorization) devra être introduite par essai clinique par le promoteur de tous les États Membres prenant part à l’essai clinique. Un seul des États Membres sera désigné par le promoteur comme “État Membre Rapporteur” qui évalue la demande de façon centralisée et délivre ensuite un seul avis au promoteur et aux autres États Membres concernés.

Situation aux États-Unis

La Food and Drugs Administration (FDA), une agence du ministère américain de la santé et des services sociaux, protège la santé publique en assurant la sûreté, l’efficacité et la sécurité des médicaments à usage humain et vétérinaire, des vaccins et autres produits biologiques à usage humain, ainsi que des dispositifs médicaux.

Au cours des dernières décennies, la FDA a encouragé des pratiques d’inscription qui conduiraient à des essais cliniques reflétant mieux la population la plus susceptible d’utiliser le médicament si celui-ci est approuvé, principalement en élargissant les critères d’admissibilité. Malgré ces efforts, les difficultés de participation aux essais cliniques demeurent, et certains groupes continuent d’être sous-représentés dans de nombreux essais cliniques, notamment les personnes les plus âgées.

Il faut noter que le site Clinical Trials de la Bibliothèque nationale américaine de médecine est la référence officielle pour les tests cliniques déclarés qui se produisent où que ce soit dans le monde.

Comités d’éthique

La notion de protection des personnes dans les pratiques de recherche apparaît dans les années 1930. Après la Seconde Guerre mondiale, suite aux expérimentations atroces faites par des médecins nazis et de criminels de guerre japonais, une prise de conscience internationale s’opère en matière d’éthique des expérimentations humaines pour la protection des individus.

En 1947, le Tribunal international de Nuremberg a défini un code fait de dix règles, et universellement connu sous le nom de « Code de Nuremberg ». Ce Code « reconnaît » que l’expérimentation sur l’homme « pour le bien de la société » est admissible et stipule que « le consentement volontaire du sujet humain est absolument essentiel ». Suivent en 1949, le Code international d’éthique médicale, et en 1964, la Déclaration d’Helsinki.

La plupart des pays où sont conduites des recherches cliniques possèdent actuellement leurs comités d’éthique à l’instar des pays de la communauté européenne et des États-Unis. Malheureusement, les autorisations éthiques sont souvent lentes et diffèrent encore même au niveau de l’union européenne selon les pays (et même parfois selon les régions). Conséquence: même en temps de Covid, certaines recherches sont encore considérablement ralenties.

La loi d’Eroom

La « loi » d’Eroom est l’observation que la découverte de médicaments devient plus lente et plus coûteuse au fil du temps, malgré les améliorations technologiques, une tendance observée pour la première fois dans les années 1980.

Le coût de développement d’un nouveau médicament double en gros tous les neuf ans (corrigé de l’inflation). Le coût actuel de développement d’un médicament basé sur une nouvelle substance est estimé à un milliard de dollars ! Afin de souligner le contraste avec les progrès exponentiels d’autres formes de technologie au fil du temps, cette conjecture a été délibérément qualifiée de loi de Moore à l’envers.

Auto-expérimentations

Le célèbre généticien George Church ne voulait pas attendre les résultats des essais cliniques. Dans ce qui semble être la première initiative de vaccin « science citoyenne », Preston Estep et au moins 20 autres chercheurs, technologues ou passionnés de science, dont beaucoup sont liés à l’université de Harvard et au MIT, se sont portés volontaires comme « rats de laboratoire ».

Pour mettre au point un vaccin, le groupe, qui se nomme Rapid Deployment Vaccine Collaborative, ou Radvac a étudié les rapports sur les vaccins contre le SRAS et le MERS, deux autres maladies causées par les coronavirus. L’objectif est de trouver « une formule simple que vous pourriez fabriquer avec des matériaux facilement disponibles », explique M. Estep. Ce vaccin, administré par voie nasale, pourrait créer ce que l’on appelle une immunité muqueuse, c’est-à-dire des cellules immunitaires présentes dans les tissus des voies respiratoires. Cette immunité locale pourrait constituer une défense importante contre le SRAS-CoV-2. Mais contrairement aux anticorps qui apparaissent dans le sang, où ils sont facilement détectables, les signes d’immunité muqueuse pourraient nécessiter une biopsie pour être identifiés.

Essais cliniques. Comment faire avancer la médecine. Le consentement, condition parfois un peu fictive.

Sans essai clinique, pas de nouvelles méthodes thérapeutiques, pas de nouveau médicament. Chaque année, des milliers de citoyens s’engagent dans des essais cliniques visant à tester de nouveaux médicaments.

Les essais cliniques doivent être menés sous la direction et la surveillance d’un médecin qui  doit clairement informer le volontaire et obtenir son consentement « éclairé »  sur l’objectif de la recherche, sa méthodologie, les bénéfices attendus, les contraintes et les risques prévisibles et le droit de refuser de participer à une recherche. Toute personne ayant consenti à participer à une recherche est libre de retirer son consentement à tout moment, et donc de stopper sa participation à la recherche.

La loi énonce clairement que l’intérêt des personnes se prêtant à une recherche clinique prime toujours sur ceux de la science et de la société. Dans ce domaine, nous sommes passés d’un extrême à l’autre, des abus de l’expérimentation humaine à des dispositions où même ceux qui acceptent de prendre des risques de manière informée pour le bien commun n’ont pas le droit le faire. Par ailleurs cette législation extrêmement lourde ne nuit pas à certains intérêts privés. Seules les grandes sociétés pharmaceutiques sont capables de réaliser les tests et de rémunérer les juristes et personnels administratifs coûteux et chronophages. Les petits concurrents sont donc éliminés (ou absorbés), quelle que soit la valeur de leurs idées.

Enfin, il faut faire remarquer que, pour des personnes gravement malades à l’hôpital à qui on propose un traitement expérimental, quoi qu’il arrive, le consentement éclairé se résume au mieux à « Nous vous proposons un traitement pour lequel nous pensions que vous avez plus de chances de survie (ou d’amélioration). Vous êtes libres de courir cette chance ou d’augmenter vos risques de mourir ». Comme le patient  restera quand même dans le même établissement s’il refuse, même si le médecin est de parfaite bonne foi, cela limite le caractère « libre ».

Question de brevets et intérêts financiers (exemple belge)

En 2018, 162 demandes de brevets pour des médicaments et/ou vaccins ont été introduites en Belgique (+ 30 % par rapport à 2017), 507 nouvelles études cliniques ont été démarrées et 1.399 études de médicaments ont été menées. L’an passé, près de 3,6 milliards ont été investis dans la recherche en Belgique par les entreprises (bio)pharmaceutiques.

Trois essais cliniques sur quatre (77 %) sont organisés et financés par les entreprises (bio)pharmaceutiques elles-mêmes. Les 23 % restants sont effectués à l’initiative du secteur académique ou public. Cette proportion de financement privé est l’une des plus élevées en Europe. Les investissements publics directs pour la santé sont faibles. Les aides fiscales, sociales et autres permettant la privatisation de la recherche sont nombreuses.

Et les conséquences pour les recherches de longévité ?

Mesurer l’impact de thérapies pour des personnes âgées est complexe. Obtenir leur consentement « éclairé » est bien souvent impossible, notamment pour la lutte contre les maladies neurodégénératives.

Effectuer des tests cliniques pour lutter contre le vieillissement sera difficile notamment parce que des décès ou accidents lors de tests cliniques inspirent des craintes. Or, par définition, avec ou sans traitement, la mortalité et la morbidité seront plus élevées chez des sujets âgés.

Pourtant, comme nous l’avons vu pour les recherches relatives à la Covid, permettre une vie plus longue des personnes les plus âgées et les plus fragiles peut devenir une priorité presque absolue, même à un coût économique considérable. La confiance est globalement plus grande lorsque les recherches sont effectuées par des organisations sans but lucratif (publiques ou non), menant à des résultats de recherches pouvant bénéficier à tous, sans implication commerciale.

Il existe des millions d’hommes et de femmes jeunes, âgés, très âgés qui sont prêts à donner leur consentement éclairé (ou qui y étaient prêts lorsqu’ils étaient encore pleinement conscients) pour des progrès de longévité en bonne santé, même s’ils ne sont pas certains d’en bénéficier directement. De toute façon, en cas de traitement expérimental, ces personnes bénéficieront d’un suivi très détaillé, ce qui sera déjà presque toujours favorable à leur santé.


La bonne nouvelle du mois : Progressions pour les traitements de la Covid-19


Dans plusieurs pays dont la France et plus encore la Belgique, la mortalité globale de 2020 sera malheureusement supérieure à celle de 2019.

Heureusement, en cette fin d’année, les gigantesques efforts pour la recherche de vaccins permettent maintenant à des produits d’être utilisés non plus en phase test, mais sur la population générale, avec une efficacité forte annoncée et peu d’effets secondaires. Parmi les plus de 300 vaccins en développement dans le monde, trois sont déjà administrés à la population générale (deux en Chine et un en Russie) et trois approchent de ce stade pour le reste du monde (vaccins de consortia comprenant respectivement Pfizer, AstraZeneca et Moderna).

Nul doute que des discussions complexes s’annoncent à propos des choix, des prix ou des oppositions antivaccinales. Pour en arriver au stade où nous en sommes aujourd’hui, le chemin a pu paraître long. Cependant l’épidémie a moins d’un an. Jamais un vaccin contre un virus de la famille des coronavirus n’avait été réalisé avant celui-ci. Le développement d’un vaccin nouveau prend normalement des années.

Au rayon des nouvelles positives plus « incrémentales », grâce à la meilleure connaissance de la maladie et des thérapies, notamment pour les soins intensifs, la mortalité a diminué assez lentement, mais régulièrement pour les patients atteints.


Pour en savoir plus :

La mort de la mort N° 139. Les longévitistes les plus (re)connus. Octobre 2020

Moi, personnellement, si il y a des technologies qui permettent de prolonger ma vie, et que j’y ai accès, oui, je ferais le choix de les utiliser. Mais je pense aussi qu’il va justement aussi y avoir des questions individuelles parce qu’au nom de cette liberté, on va aussi créer des inégalités entre les êtres humains. (…) Il va y avoir un moment radical (par) la conjonction entre la thérapie génique  et la nanotechnologie (…) qui fait qu’on va avoir des traitements non seulement extrêmement performants pour traiter les maladies liées au vieillissement, mais aussi peut-être même pour stopper le vieillissement

Corinne Narassiguin, femme politique française, numéro 2 du Parti socialiste, notamment à propos des moyens envisageables pour que ces thérapies soient accessibles un jour à tous ceux qui le souhaitent.


Thème du mois : Les longévitistes les plus (re)connus


Évidemment, le choix ci-dessous est subjectif. C’est un tour d’horizon de quelques-uns des femmes et des hommes attachés à rendre possible une vie beaucoup plus longue et en meilleure santé. Ils se sont exprimés derrière les éprouvettes, dans leurs recherches académiques, mais aussi devant des caméras. La diversité de leurs approches illustre la difficulté et la richesse du travail dans ce domaine qui nous concerne tous.

Aubrey De Grey 

Aubrey de Grey, est un scientifique anglais, ancien informaticien à l’université de Cambridge et au départ autodidacte en biogérontologie. Il vit aujourd’hui en Californie.

Inspiré par la « théorie mitochondriale du vieillissement » émise par le Dr Denham Harman en 1972, il élabore le projet baptisé SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) destiné à prévenir le déclin physique et mental lié au vieillissement.

Il propose de développer un moyen de régénérer les tissus cellulaires permettant de rajeunir et d’étendre l’espérance de vie humaine sans limitation de durée. Il aurait identifié sept causes du processus de vieillissement qui doivent être contrées afin de mener à bien ce projet.

Sur sa carrière passée d’informaticien (puis de bio-informaticien en génétique), Aubrey de Grey déclare :

Il y a des différences vraiment importantes entre le type de créativité d’un scientifique et celui d’un ingénieur technique. Cela signifie que je suis capable de penser de plusieurs manières très différentes, et de me retrouver avec des approches des choses qui sont différentes de la manière de penser d’un scientifique normal.

En 2007, il écrivit un livre, Ending Aging, avec Michael Rae, qui résume les enjeux scientifiques, politiques et sociaux du projet SENS. Il est le rédacteur en chef de la revue Rejuvenation Research. C’est aussi un génie multiple, capable à l’occasion de résoudre un problème mathématique resté sans solution pendant des décennies.

Irina Conboy

Irina Conboy est professeure à l’université de Californie, Berkeley, dans le département de bio-ingénierie. Sa découverte des effets rajeunissants du sang jeune par la parabiose dans un article fondateur publié dans Nature en 2005 a ouvert la voie à un domaine florissant de la biologie du rajeunissement. Son époux, Michael Conboy, travaille avec elle.

Une étude publiée en mai dans la revue Aging montre que des effets similaires d’inversion de l’âge peuvent être obtenus en diluant simplement le plasma sanguin de vieilles souris sans recours à du sang jeune.

Chez l’humain, la composition du plasma sanguin peut être modifiée par une procédure clinique appelée échange thérapeutique de plasma, ou plasmaphérèse, qui est actuellement approuvée par la Food and Drug Administration aux États-Unis pour le traitement de diverses maladies auto-immunes.

David Sinclair

David Sinclair est un biologiste australien qui est professeur de génétique et co-directeur du Paul F. Glenn Center for the Biology of Aging à la Harvard Medical School.

Il est connu pour ses recherches sur le vieillissement, il a été notamment nommé officier de l’Ordre d’Australie (AO) pour « services éminents rendus à la recherche médicale sur la biologie du vieillissement et de l’allongement de la durée de vie, en tant que généticien et universitaire, aux initiatives de biosécurité et en tant que défenseur de l’étude des sciences ».

Le Dr Sinclair est co-fondateur de plusieurs sociétés de biotechnologie (Sirtris, Ovascience, Genocea, Cohbar, MetroBiotech, ArcBio, Liberty Biosecurity) et siège au conseil d’administration de plusieurs autres. Il est également co-fondateur et co-rédacteur en chef de la revue Aging.

Il travaille notamment sur des substances appe­lées sirtuines, une classe d’en­zymes qui agissent comme des « agents de la circu­la­tion », mobi­li­sant un grand nombre de protéines afin de répa­rer et défendre les cellules.

Miroslav Radman

Miroslav Radman aime les paradoxes. Dans la même phrase, ce scientifique rigoureux, passionné d’art et chanteur dans une chorale, explique avoir créé, à Split, dans une ancienne caserne militaire croate, l’Institut méditerranéen des sciences de la vie (MedILS), qui fonctionne avec un esprit « collège » mais comme un jazz-band !

Ancien chercheur à Harvard, mais aussi à Zagreb et à Bruxelles, il a été récompensé de nombreux prix scientifiques, dont le Grand prix de l’Inserm. Il est professeur de biologie cellulaire à l’université Paris Descartes, et membre de l’Académie nationale des sciences. Il est par ailleurs auteur du “Code de l’immortalité”.

Ce célèbre biologiste-généticien cherche à révolutionner les études sur le vieillissement. Après avoir travaillé sur l’ADN et les gènes, mais aussi sur la bactérie extrémophile et hyper-résistante Deinococcus radiodurans, il décrypte nos bactéries et nos protéines réparatrices. Ouvrant une voie vers de nouvelles thérapies pour les maladies dégénératives et cancéreuses.

Steve Horvath

Steve Horvath est un chercheur, généticien et biostatisticien germano-américain spécialisé dans le vieillissement. Il est professeur à l’université de Californie à Los Angeles, connue pour avoir développé l’horloge de vieillissement qui porte son nom, qui est un biomarqueur moléculaire très précis du vieillissement, et pour avoir développé l’analyse de réseau de corrélation pondérée.

Selon lui: Une fois que nous saurons comment mesurer avec précision le vieillissement, nous pourrons l’étudier et le vaincre.

Il travaille sur tous les aspects du développement de biomarqueurs, en particulier les biomarqueurs génomiques du vieillissement. Il a développé un biomarqueur multi-tissus très précis du vieillissement connu sous le nom d’horloge épigénétique.

Nir Barzilai

Le docteur Nir Barzilai est directeur fondateur de l’Institute for Aging Research de l’Albert Einstein College of Medicine de New York.

Je pense que la prévention du vieillissement est vraiment une bonne chose. … et je pense que la vie va être très différente dans la prochaine décennie grâce à nos progrès.

À son agenda est inscrite depuis plusieurs années la mise au point d’un essai clinique unique au monde qui vise à montrer qu’une molécule peut retarder l’apparition de toutes les maladies dont l’incidence augmente avec l’âge. Son nom : la metformine, un médicament très connu qui diminue la résistance à l’insuline dans le traitement du diabète de type 2.

L’étude TAME (Targeting Aging with METformin) est financée par une association à but non lucratif, l’AFAR (American Federation for Aging Research). « Personne ne gagnera d’argent si ce médicament prouve son efficacité car la metformine est un générique qui coûte quelques centimes la dose seulement ».

Cynthia Kenyon 

Cynthia Kenyon est une biologiste moléculaire américaine qui étudie la génétique du processus de vieillissement (gérontogenèse).

Kenyon a étudié la chimie et la biochimie et a fait ensuite son doctorat en 1981 au Massachusetts Institute of Technology.

A Cambridge, elle a étudié les gènes Hox, actifs dans la morphogenèse chez la drosophile. Elle a dirigé ensuite le centre Hillblom de l’UCSF de biologie du vieillissement à San Francisco.

Elle a notamment démontré qu’en agissant sur un seul gène (nommé daf-2) et en détruisant les cellules du système reproducteur, la durée de vie du nématode Caenorhabditis elegans pouvait être multipliée par 6, de moins de 3 semaines à 4 mois.

Madame Kenyon est actuellement employée par Google Calico, en tant que vice-présidente Aging research et chercheuse sur le vieillissement.

Brian Kennedy

Brian Kennedy est internationalement reconnu pour ses recherches sur la biologie du vieillissement et pour son travail visant à traduire les découvertes de la recherche en de nouveaux moyens de retarder, détecter et prévenir le vieillissement humain et les maladies qui y sont associées. Il travaille actuellement à Singapour. De 2010 à 2016, il a été le président et le directeur général du célèbre Institut Buck, où il est toujours professeur.

Notre travail sur de multiples modèles animaux montre que les processus qui entraînent le vieillissement sont conservés chez les espèces. L’étude de ces voies communes permet de développer des thérapies qui ralentiraient le processus de vieillissement, prévenant ainsi les maladies chroniques.

Jean-Marc Lemaître

Le biologiste Jean-Marc Lemaître est né le 14 octobre 1963. Enfant, il se plaît à observer les mares de sa région natale, la Picardie, pour y étudier les transformations des tritons et des têtards. Une passion qui le conduira à effectuer des études en biologie du développement. Chargé de recherches à l’Institut de Génomique fonctionnelle (Inserm/CNRS/Université de Montpellier), il tente de démontrer que le vieillissement est réversible.

Il y parvient en novembre 2011 et publie ses travaux sur le rajeunissement des cellules dans la revue américaine Genes and Development.

C’est une réussite clinique considérable  commente Jean-Marc Lemaître.  Si nous sommes capables de retarder le vieillissement des cellules, peut-être allons-nous alors parvenir à retarder le développement de certaines pathologies.

Maria Blasco

Le Dr Blasco est une biologiste moléculaire dont les principaux intérêts, depuis l’époque de ses études universitaires, sont le cancer et le vieillissement. Après avoir obtenu son doctorat au Centre de biologie moléculaire de Madrid, elle a déménagé à Cold Spring Harbor, New York, pour travailler comme chercheur post-doctoral dans le laboratoire du Dr Carol Greider, la même Carol Greider qui a co-découvert la télomérase avec Elizabeth Blackburn en 1995.

À l’époque, le lien entre le cancer, le vieillissement et la télomérase n’était qu’une simple hypothèse qui restait à prouver, et Blasco a entrepris de cloner le gène de la télomérase murine et de créer des souris knock-out pour la télomérase afin d’étudier les effets que le manque d’enzyme provoquerait chez les animaux.

George Church

Aussi barbu, surdoué et souvent aussi anticonformiste qu’Aubrey de Grey, George Church est un Américain, chimiste, généticien et ingénieur en biologie moléculaire, notamment connu pour un livre Regenesis, co-écrit avec Ed Regis, sous-titré « Comment la biologie synthétique va réinventer la nature et nous-mêmes » qui présente un futur où le génie génétique aurait amélioré la santé humaine et animale, accru notre intelligence, notre mémoire et allongé notre vie.

Il a repris une liste de 400 gènes iden­ti­fiés comme poten­tiel­le­ment respon­sables de la longé­vité chez l’homme et l’a rame­née à 45. Aujourd’­hui, il déve­loppe diffé­rentes tech­niques afin de cibler des combi­nai­sons de ces gènes.  Notre but prin­ci­pal est d’in­ver­ser le proces­sus du vieillis­se­ment, explique Church. Nous savons qu’en boule­ver­sant les règles, nous pouvons augmen­ter l’es­pé­rance de vie de deux ans et demi chez les rongeurs et de 200 ans chez les baleines boréales. 

Le séquençage des gènes, ajoute-t-il, est presque 3 millions de fois moins coûteux qu’il y a dix ans. Cela nous permet de recou­rir à la biolo­gie de synthèse et nous ne sommes plus restreints par les limites des êtres vivants. 

Les travaux de Church sont finan­cés en partie par l’Ins­ti­tut Wyss. Le scien­ti­fique a égale­ment reçu des fonds de la part de Google et de Peter Thiel.

Laura Deming

Laura Deming est biologiste et fondatrice de The Longevity Fund, la première société de capital-risque à se concentrer sur les entreprises qui travaillent à prolonger la durée de vie des êtres humains en bonne santé et à lutter contre les maladies liées au vieillissement grâce à la biotechnologie.

Elle a fait ses premières armes en biologie en Nouvelle-Zélande, où elle a fait ses études à la maison, puis est partie aux États-Unis pour travailler dans un laboratoire de biologie de l’UCSF à l’âge de 12 ans. À 14 ans, elle était déjà étudiante en physique au MIT.

Elle décrit ainsi la naissance de son engagement :

Je me souviens d’une fois où ma grand-mère est venue nous rendre visite. Je n’avais jamais fréquenté quelqu’un de plus de 60 ans auparavant. (…) Pour ma grand-mère, seulement se lever d’une chaise, c’était vraiment douloureux. (…) je me rappelle avoir demandé à mes parents quelle maladie était-ce. Ils m’ont dit : elle n’est pas atteinte d’une maladie, elle est vieille. Je leur ai demandé  quelle maladie c’était d’être vieux. Ils m’ont dit : « Oh, non, non, tu ne comprends pas, c’est un processus naturel. » Et en tant qu’enfant, vous vous dites : « C’est stupide. Pourquoi y a-t-il un processus naturel que nous devrions tous attraper, une maladie qui nous rend tellement abimés ? »

Alex Zhavoronkov

Alex Zhavoronkov, est le fondateur et le PDG de Deep Longevity, Inc, une entreprise mondiale qui développe une large gamme de biomarqueurs du vieillissement et de la longévité basés sur l’intelligence artificielle. Il est également le fondateur et le PDG d’Insilico Medicine, leader dans les technologies d’intelligence artificielle pour la découverte de médicaments et le développement de biomarqueurs.

Depuis 2015, il a inventé des technologies critiques dans le domaine des “réseaux adversaires générateurs” (GAN) et de l’apprentissage par renforcement (RL) pour la génération de nouvelles structures moléculaires ayant les propriétés souhaitées et la génération de données biologiques synthétiques et de données sur les patients. Il a également été le pionnier des applications des technologies d’apprentissage approfondi pour la prédiction de l’âge biologique humain à l’aide de multiples types de données, le transfert de l’apprentissage du vieillissement vers la maladie, l’identification des cibles et la modélisation des voies de signalisation.

Une liste certainement incomplète et quelques « coups de coeur »

Choisir c’est renoncer. Nous aurions pu écrire également à propos de bien d’autres chercheurs. Ils sont des milliers à lutter jour après jour pour réparer des ans l’irréparable outrage. Le brillant Greg Fahy et ses études sur le thymus,  Josh Mitteldorf et son Data-Beta Project d’étude des effets cumulés de thérapies de longévité, Michael Rose, qui travailla sur la notion de pléanthropie antagoniste, William Andrews, le spécialiste des télomères qui court également des ultra-marathons, la controversée Liz Parrish de BioViva qui a expérimenté sur elle-même des thérapies géniques, les spécialistes des (super)centenaires et de la démographie dont Jean-Marie Robine et le couple Gavrilov.

Il y en a encore bien d’autres moins connus : les centaines de collaborateurs des scientifiques déjà cités, Sven Bulterijs, coprésident de Heales qui chaque mois réalise une revue des nouvelles de la longévité, Ilia Stambler, le meilleur historien des sciences de la longévité auteur du monumental Longevity A History of Life-Extensionism in the Twentieth Century, Kevin Perrott et son organisation Open Cures, Alexandra Stolzing qui s’efforce de rajeunir des souris avec conviction et discrétion, Guilhem Velve Casquillas, créateur du site LongLongLife et de multiples entreprises, la russe Maria Konovalenko, scientifique, activiste et photogénique travaillant, comme beaucoup d’autres dans la Silicon Valley, Laurent Simons, l’enfant belge surdoué qui a 9 ans voulait faire vivre ses grands-parents pour toujours, 


La bonne nouvelle du mois : Eurosymposium on Healthy Ageing 2020


La 5ème édition de l’Eurosymposium a eu lieu en ligne le 1er Octobre 2020 à l’occasion de la journée internationale des personnes âgées. 

Cet événement a réuni des scientifiques émérites pour traiter du sujet des biomarqueurs de la longévité ainsi que des tests cliniques.

Les vidéos, séparées par intervenant, sont disponibles sur Youtube.

Suite à cette conférence, une déclaration a été adoptée pour faciliter la recherche sur les biomarqueurs et les tests cliniques. En voici un extrait (traduit) :

Il devrait y avoir une obligation pour les comités d’éthique de décider dans un délai raisonnable des tests diagnostiques sur les biomarqueurs du vieillissement et de la recherche clinique de thérapies géroprotectrices (pas plus d’un mois, à moins de fournir une justification du retard). Décider plus rapidement ne doit pas signifier être moins prudent, au contraire. (…)

En améliorant l’évaluation des biomarqueurs cliniques du vieillissement et en testant de nouvelles thérapies géroprotectrices, il pourrait être possible de réduire radicalement les processus dégénératifs du vieillissement, et donc d’accroître les avantages sanitaires et économiques de la société qui vieillit rapidement. Nous devons atténuer les processus de sénescence dès que possible pour sauver le plus grand nombre de vies possible.


Pour en savoir plus :

Source de l’image: réalisé par la rédaction.

La mort de la mort. Partage de données de santé et longévité N° 138 Septembre 2020

Je fais un rêve qu’un jour les humains s’uniront et diront : Nous tenons cette vérité comme évidente que ce qui sert au droit à la santé est un bien commun.

Je fais un rêve qu’un jour les données médicales, les données de recherche pour la santé et la longévité seront accessibles à tous et permettront une vie plus longue, solidaire et en belle santé.

Je fais un rêve que ceux qui étaient atteints de maladies et ceux qui étaient submergés par la bureaucratie, les réglementations et les intérêts financiers ou psychologiques se retrouveront soeurs et frères pour être tous ensemble plus résilients, plus heureux et fiers de s’entraider.

Je fais un rêve que l’enfer des connaissances privatisées et dispersées se transformera en éden de partage des savoirs pour permettre une vie en bonne santé beaucoup plus longue pour tous.

Texte inspiré de « I have a dream » de Martin Luther King.


Thème du mois : Partage de données de santé et longévité


Nos données de santé 

Parmi toutes les informations personnelles conservées de manière informatique, mais aussi encore bien souvent sous format papier, les informations relatives à la santé et à l’ensemble de nos données biologiques sont parmi les plus nombreuses, les plus sensibles et les plus utiles.

Depuis le début de l’histoire de la médecine, les soins de santé sont prodigués grâce à des connaissances collectives, des expériences individuelles, des croyances souvent inexactes et la connaissance de l’état du patient.

Ce n’est que relativement récemment que les données des patients sont devenues une part importante du champ des connaissances, non plus seulement pour le traitement des personnes elles-mêmes, mais aussi pour la recherche médicale.

Comment partager les données de santé ?

Depuis la fin du 20ᵉ siècle, le souci de protéger la vie privée va croissant. Au départ, les dispositions prises avaient pour objectif et pour résultat d’empêcher des abus. Aujourd’hui, la combinaison des réglementations et des pratiques relatives aux données médicales et plus largement l’ensemble des réglementations et pratiques concernant la vie privée des citoyens a pour conséquence que :

  • Le citoyen n’a pas accès à ses propres données médicales de manière simple.
  • Le citoyen n’a pas la possibilité de participer à des expérimentations médicales et de partager les connaissances de manière scientifique, même s’il souhaite le faire par intérêt personnel ou collectif, même s’il a donné son consentement informé explicite.
  • Les chercheurs n’ont pas accès aux données détaillées relatives à la santé de la plupart des citoyens.
  • Les données médicales font souvent l’objet de transactions commerciales opaques.
  • Le développement de recherches utilisant l’intelligence artificielle et les « données massives en matière médicale » est ralenti. Ce développement est souvent aussi faussé car les données sont partielles, commercialisées et comportent potentiellement plus d’inexactitudes.

Il est parfaitement normal que le citoyen soit protégé d’utilisations illégales de données privées susceptibles de lui nuire. Mais la protection devrait s’arrêter là. Il est immoral, et il devrait être illégal, que les données utiles à la santé publique soient soustraites aux chercheurs, lorsque cette mise à disposition ne comporte pas d’inconvénients pour les personnes dont émanent les données.

Dans un monde idéal, le fait que les données médicales puissent avoir de la valeur pour la recherche ne devrait pas donner lieu à des transactions financières si ce n’est par rapport au coût des opérations nécessaires à la mise à disposition de ces données.

La situation actuelle n’assure d’ailleurs pas la protection de la vie privée. Elle interdit quasi totalement, en fait et en droit, le partage efficace des données.  Pour tout ce qui concerne la médecine classique, le dossier médical, les rapports avec nos institutions de santé, nos informations pharmaceutiques, … nous n’y avons qu’un accès restreint et temporaire. L’absence de mise en commun pour prévenir et réduire dans le futur l’impact des maladies est particulièrement regrettable pour les informations concernant les personnes âgées (indicateurs de maladies neurologiques, détections de chutes, …).

Quelques organisations privées et publiques partageant des données

Les nouveaux outils, comme le traitement en masse des données de santé et l’intelligence artificielle vont permettre d’importants progrès dans l’accompagnement des patients, l’évaluation et le choix des traitements et la gestion du système de santé. C’est pourquoi de nombreux acteurs investissent dans ce domaine. 

  • Health data hub (HDH) est une plateforme de partage des données de santé lancée en décembre 2019 en France.  Son objectif est de favoriser l’utilisation et la multiplication des possibilités d’exploitation des données de santé, en particulier dans les domaines de la recherche, de l’appui au personnel de santé, du pilotage du système de santé, du suivi et de l’information des patients. Le HDH permet le développement de nouvelles techniques, notamment celles liées aux méthodes d’IA. Il a aussi un rôle de promotion de l’innovation dans l’utilisation des données de santé.
  • Un projet similaire existe en Allemagne : the German Medical Informatics Initiatives (MII). Les projets français et allemands partagent les mêmes objectifs mais sont différents en termes de méthodologies. Le projet HDH est basé sur une approche descendante et se concentre sur une infrastructure de calcul partagée, fournissant des outils et des services pour accélérer les projets entre les producteurs et les utilisateurs de données. Le projet MII est basé sur une approche ascendante et s’appuie sur quatre consortiums comprenant des hôpitaux universitaires, des universités et des partenaires privés.
  • Apple mise beaucoup sur les fonctionnalités liées à la santé et au bien-être avec son Apple Watch. Le dernier modèle peut notamment mesurer la fréquence cardiaque, avertir de chutes, effectuer un électrocardiogramme (ECG) grâce à un capteur optique. Malheureusement, tant la firme à la pomme que des firmes offrant des services similaires ne partagent pas les informations.
  • La Fondation X-Prize promeut l’intégration des données sur les soins de santé. Faire tomber les barrières à l’accès aux données tout en respectant les principes de confidentialité et de sécurité est un défi immense et une opportunité formidable. Des données normalisées, agrégées et granulaires sur les patients, pouvant être partagées entre les systèmes, constituent la base de soins de santé peu coûteux et de haute qualité, notamment en permettant aux systèmes de santé de première ligne de fonctionner de manière optimale et efficace. En outre, ces données sont essentielles pour que les algorithmes d’IA puissent fournir des informations.

Favoriser les utilisations pour la santé, empêcher les utilisations illégitimes

Votre assureur, votre banquier, l’État savent bien des choses sur vous. Google, Facebook, votre employeur et votre voisin aussi. Ils ne s’en servent en principe pas dans des buts illégitimes. 

Ce qu’il faut d’abord, c’est interdire l’utilisation illégitime des informations ainsi que des sanctions effectives en cas d’usage nuisible des données de santé (comme de toute autre donnée d’ailleurs)  Il faut empêcher que les données sur le sexe, les origines, l’état de santé, etc., puissent être utilisées par des entreprises privées ou publiques pour pratiquer des discriminations. Il ne doit pas être admis de vendre, de fournir des services ou même de contacter des personnes de manière différenciée dans d’autres cadres que la recherche scientifique et les soins de santé. Une utilisation illégitime doit être sévèrement interdite. Une violation de l’interdiction doit être sanctionnée par des mesures comprenant notamment l’indemnisation totale des victimes et la prévention de la récidive.

Un aspect important des données de santé considérées comme un bien commun, et non comme un bien privé, est qu’il s’agirait de dispositions auxquelles il ne pourrait être dérogé. Il n’y aurait pas de clause possible permettant de vendre, louer, échanger, … les données de santé. Cette interdiction concernerait tant les données des patients d’une institution de santé que les données propres d’un individu.
 

Bien sûr, il faudrait éviter que les données médicales individuelles soient accessibles aux simples curieux. Pour tout ce qui n’est pas directement nécessaire à la recherche scientifique, un système d’anonymisation (ou de pseudonymisation) devrait être réalisé.

Conclusion : partager pour progresser en longévité et en résilience

Réellement mettre en commun les données de santé est aujourd’hui tout à fait possible techniquement. Le cadre juridique et logistique serait relativement aisé à mettre sur pied.

Imaginez un monde où les données de santé ne peuvent être utilisées commercialement, mais seulement pour votre santé et celle d’autruit. Imaginez un monde où la mise en commun des données médicales serait systématique, instantanée et utilisable par l’intelligence artificielle. Votre médecin et vous sauriez en quelques secondes, quels médicaments prennent les gens de votre âge, de votre région, ayant vos caractéristiques médicales, quel est le meilleur traitement compte tenu des connaissances recueillies partout dans le monde.

Imaginez ce qui devrait être la logique élémentaire suivie. Tout comme vous pouvez trouver aisément sur internet ce qu’a fait votre femme politique ou votre chanteur préféré en juillet 2007, vous pourriez d’un clic trouver le médicament que vous aviez pris il y a 3 ans, l’analyse de sang, les vaccinations, que vous aviez fait effectuer il y a 15 ans, la comparaison avec d’autres populations, vos allergies, prédispositions, …

Imaginez que toutes ces données permettent demain des recherches de santé collectives beaucoup plus performantes, des expérimentations cliniques plus sûres et plus rapides. 

Imaginez une vie beaucoup plus longue et en meilleure santé pour tous ceux qui le souhaitent.


La bonne nouvelle du mois : Vers une restauration de la fertilité des femmes ménopausées


Une étude pilote, menée entre 2017 et 2019 à la clinique de fertilité Genesis à Athènes en Grèce, a permis à des femmes ménopausées de donner la vie. Aux termes de cette expérience menée sur 30 femmes qui n’avaient pas eu leurs règles depuis plus d’un an, 80 % d’entre elles ont vu leur taux d’hormones s’améliorer et ont retrouvé un cycle menstruel régulier. Parmi elles, quatre sont tombées enceintes, trois ont eu des enfants. La fertilité aurait été restaurée à l’aide de transfusions sanguines par la méthode PRP (Platelet-Rich Plasma) ovarienne.

Nous avons abordé dans des lettres précédentes les effets réjuvénateurs potentiels des transfusions. D’autres recherches sont en cours afin de confirmer que ce traitement de fertilité est viable. Le professeur Pantos supervise quatre essais cliniques randomisés, contrôlés par placebo, et deux autres essais sont menés par le professeur Emre Seli à l’école de médecine de Yale.


Pour en savoir plus :

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La mort de la mort Surpopulation et longévité N° 137 Août 2020

La bataille pour nourrir toute l’humanité est terminée. Dans les années 1970, des centaines de millions de personnes mourront de faim malgré les programmes de secours lancés aujourd’hui. À cette date, rien ne pourra empêcher une augmentation substantielle du taux de mortalité dans le monde…

Voilà la chute certaine de l’espérance de vie suite à la surpopulation que Paul Ehrlich, auteur de l’ouvrage « The Population Bomb« , paru en 1968 et vendu à des millions d’exemplaires, annonçait. Un demi-siècle plus tard, la taille de la population mondiale a plus que doublé. Même si des centaines de millions de personnes souffrent encore de la faim, jamais nous n’avons eu autant de nourriture par personne. Et concernant le taux de mortalité, l’espérance de vie globale a progressé de plus de 15 ans.


Thème du mois : Surpopulation et longévité


Déclin vers 2064

Il est temps pour certains pessimistes de mettre de côté leurs images de malheur sur la surpopulation. Selon une étude récente publiée dans la revue scientifique The Lancet, la population mondiale atteindra son maximum vers 2064, à 9,7 milliards d’individus, et entamera alors un déclin pour redescendre à 8,8 milliards de terriens à la fin du siècle.

Dans les années 60, chaque femme avait encore en moyenne 4,5 enfants, aujourd’hui ce chiffre est inférieur à 2,5. Ce chiffre n’est pas beaucoup plus élevé que le taux de remplacement de 2,1 : le nombre dont vous avez besoin pour maintenir une population.

Comme l’écrit le médecin suédois Hans Rosling dans son livre Factfulness : Lorsque les parents voient que les enfants restent en vie, que les enfants ne sont plus nécessaires au travail et que les femmes reçoivent une éducation et ont accès aux contraceptifs, les deux sexes, dans toutes les cultures et religions, commencent à rêver d’enfants moins nombreux, mais bien éduqués.

En 1950, 25 bébés naissaient pour chaque personne qui soufflait 80 bougies. Aujourd’hui, ce chiffre est d’environ sept. Si l’évolution actuelle se poursuit, en 2100, pour chaque personne de plus de 80 ans, il n’y aura qu’un seul bébé. C’est une révolution invisible, une pyramide des âges inversée, jamais vue auparavant dans l’histoire. Il est temps d’y réfléchir, au lieu de se complaire avec des images désuètes ressassant une soi-disant inévitable explosion de la population mondiale.

En 2100, 183 pays n’auraient pas les taux de fécondité nécessaires pour maintenir la population actuelle

Nous sommes aujourd’hui environ 7,8 milliards d’habitants. Les démographes savaient déjà que notre population devrait diminuer d’ici quelques décennies, mais cette nouvelle étude prédit que ça se produira encore plus vite que nous ne le pensions.

Les Nations unies ont également supposé que les pays qui tombent en-dessous du taux de remplacement se stabiliseront autour de 1,75 enfant par femme, mais selon The Lancet, cette estimation est basée sur un échantillon sélectif. Dans des pays tels que la Thaïlande, la Corée du Sud et la Grèce, nous constatons que la baisse se poursuit à moins d’un enfant et demi par femme. Et cela fait une grande différence à long terme.

Bien sûr, un monde d’environ 10 milliards d’habitants reste un défi, surtout si nous voulons que tout le monde profite du niveau de prospérité occidental (un milliard de personnes n’ont même pas encore accès à l’électricité). Mais  avec la science et la technologie modernes, c’est certainement surmontable. Plus de gens signifie même, à bien des égards, une bonne nouvelle.

A priori, il semble plausible que, plus il y a de gens, moins il reste de ressources pour tout le monde. Or, d’un point de vue économique, ce n’est pas toujours vrai. Plus de personnes signifie souvent moins de pénurie. Parce que de nombreux cerveaux, regroupés de manière dense, trouvent des idées plus intelligentes et se spécialisent davantage. L’indice d’abondance Simon, du nom de l’économiste et penseur Julian Simon, montre que les matières premières deviennent plus abondantes et moins chères à mesure que la population mondiale augmente. Cela semble fou et contre-intuitif, mais c’est souvent le cas avec les connaissances scientifiques.

Attention cependant, ceci n’est envisageable, à terme, que dans un monde où les progrès technologiques permettent d’utiliser principalement des énergies et matières premières renouvelables. C’est techniquement possible, mais cela nécessite une volonté politique, sociale et économique encore insuffisante aujourd’hui.

Il faut aussi tempérer l’image d’un monde surpeuplé. La surface de la planète  fait environ 500 millions de kilomètres carrés dont 150 millions de terres émergées. Un pays comme le Bangladesh est autosuffisant en matière d’alimentation avec plus de 160 millions d’habitants (un quarantième de la population mondiale sur 1 millième de la surface des terres émergées).

Selon les projections effectuées, d’ici 2100, 183 des 195 pays n’auraient pas les taux de fécondité nécessaires pour maintenir la population actuelle, avec une projection de 2,1 naissances par femme, ont déclaré des chercheurs de l’Institut de métrologie et d’évaluation de la santé de l’École de médecine de l’Université de Washington. Quelque 23 pays – dont le Japon, la Thaïlande, l’Italie et l’Espagne – verraient leur population diminuer de plus de 50 %.

Cependant, la population de l’Afrique subsaharienne pourrait tripler, ce qui permettrait à un peu moins de la moitié de la population mondiale d’être africaine d’ici la fin du siècle.

Le monde, depuis les années 1960, s’est vraiment focalisé sur la soi-disant explosion démographique, a déclaré le Dr Christopher Murray, qui a dirigé la recherche, à CNN. Soudain, nous assistons maintenant à ce genre de tournant où il est très clair que nous passons rapidement de la question du trop grand nombre à celle du trop petit nombre.

Les plus de 80 ans seront plus nombreux que les moins de 5 ans

L’étude prévoit également des changements majeurs dans la structure des âges au niveau mondial à mesure que la fécondité diminue et que l’espérance de vie augmente. On estime qu’en 2100, 2,37 milliards de personnes auront plus de 65 ans dans le monde, contre 1,7 milliard de moins de 20 ans.

Le nombre de personnes âgées de plus de 80 ans dans le monde pourrait être multiplié par six, passant de 141 millions à 866 millions. Dans le même temps, le nombre d’enfants de moins de cinq ans devrait diminuer de plus de 40 %, passant de 681 millions en 2017 à 401 millions en 2100. L’enfance pourrait devenir rare.

Et la longévité en bonne santé dans tout cela ?

Il faut d’abord rappeler, comme cela a été fait dès 2012 dans une lettre « la mort de la mort« , qu’il y a une corrélation forte entre l’espérance de vie et la fécondité. Dans les régions du monde ou les femmes et les hommes vivent plus longtemps (et sont mieux éduqués et plus aisés), la natalité diminue et la population tend à décroître. Lorsque l’espérance de vie croît, la natalité diminue et la croissance de la population est moindre (ou négative).

Première bonne nouvelle donc, la longévité est un facteur stabilisant pour la population. Pour le dire d’une manière qui apparaîtra provocatrice : pour être moins nombreux, vivons plus longtemps !

Deuxième bonne nouvelle : là où les gens vivent plus longtemps, ils tendent à être plus prudents. Si un jour, la durée de vie devient potentiellement beaucoup plus longue, bien au-delà du siècle, les citoyens seront naturellement bien plus prudents, investiront plus pour leur avenir et ne souhaiteront, ni pour eux-mêmes, ni pour les autres, une planète surpeuplée.

Il y a cependant une moins bonne nouvelle. Jusqu’à aujourd’hui, pour les populations au-delà de 80 ou 90 ans, nous ne parvenons toujours pas à des progrès importants en matière de santé. Comme déjà exposé dans des lettres précédentes, pour ce qui est de la durée de vie maximale, nos progrès sont insuffisants, particulièrement pour la longévité en bonne santé.

Donc, dans l’état actuel, la surpopulation, nous ne la risquons pas, au contraire. Mais bien un monde avec une population fragile nombreuse. C’est une des nombreuses raisons pour lesquelles les recherches pour une vie beaucoup plus longue en bonne santé sont fondamentales, pas seulement dans l’intérêt individuel, mais aussi dans l’intérêt collectif.


Les bonnes nouvelles du mois : La maladie d’Alzheimer recule en Europe et aux États-Unis. Du plasma et de l’albumine pour diminuer l’impact de la maladie d’Alzheimer. Une enzyme prévient la perte de mémoire chez les souris.


Le risque de développer une maladie d’Alzheimer ou une autre forme de dégénérescence neuronale à un âge donné s’est réduit de 13 % en dix ans, rapporte une importante étude menée aux États-Unis et dans plusieurs pays européens.

Attention, cette bonne nouvelle est relative. Du fait de l’augmentation de l’espérance de vie, le nombre de personnes ayant la maladie d’Alzheimer augmente quand même. En d’autres termes, le pourcentage de personnes atteintes dans une tranche d’âge diminue, le nombre absolu de personnes atteintes continue d’augmenter.

Dans le domaine de la recherche proprement dite contre la maladie d’Alzheimer,  un essai clinique pour enlever les facteurs vieillissants du sang (en injectant de l’albumine et de l’immunoglobuline), donne de bons résultats. Cette étude est randomisée et réalisée en double-aveugle. Elle reste néanmoins à confirmer d’autant qu’elle est financée par une société produisant de l’albumine et de l’immunoglobuline a des fins thérapeutiques.

Dans un article à paraître dans la revue Acta Neuropathologica, Lars et Arne Ittner, chercheurs spécialisés dans l’étude de la démence à l’Université Macquarie, détaillent comment l’activation d’une enzyme clef (p38gamma) dans le cerveau peut prévenir le type de perte de mémoire associé aux formes avancées de la maladie d’Alzheimer, et même l’inverser. Une avancée importante testée sur des souris, à confirmer sur les humains.


Pour en savoir plus :

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Sang et réjuvénation. N°136 Juillet 2020.

L’homme a surmonté le pouvoir de la sélection naturelle. Il ne s’adapte plus aux conditions de l’environnement extérieur, mais crée autour de lui un environnement artificiel et bénéfique, en remodelant la nature. Il n’a pas besoin de la mort comme facteur accélérant l’amélioration de l’humanité de génération en génération (…). 

Il n’y a aucune interdiction théorique à soulever la possibilité de l’immortalité. Je suis profondément convaincu que, tôt ou tard, l’ère de la longévité arrivera. (…) Comme dans toute tâche, il faut des enthousiastes pour cela, malheureusement ils sont très peu nombreux. Nous sommes gênés par la conviction profonde que la mort est inévitable et que la lutte contre elle est futile. C’est une sorte de barrière psychologique qu’il faut surmonter.

Vasily Feofilovich Kuprevich, microbiologiste (1897-1969). Cité par Ilia Stambler dans A History of Life-Extensionism In Twentieth Century. 2014.


Thème du mois : Sang et réjuvénation


Un peu d’histoire

Depuis des millénaires, le sang est un des éléments du corps avec la plus forte représentation symbolique, représentant notamment la vie, l’hérédité (liens du sang), la fidélité (échange de sang) et les mécanismes de réjuvénation.

Considéré comme l’un des gestes les plus anciens de la médecine, la saignée provient probablement de l’Égypte ancienne, mais aussi des plus anciennes traditions de l’Inde et du monde arabe.

En Grèce, Érasistrate, au troisième siècle avant JC, enseignait que les maladies découlent d’une surabondance de sang : la pléthore.

Au deuxième siècle de notre ère, Galien professait que la bonne santé nécessite un équilibre parfait des quatre «humeurs» : le sang, le flegme, la bile jaune et la bile noire. Ses écrits et ses enseignements ont fait de la saignée une technique courante dans tout l’empire romain.

Dans l’Europe médiévale, la saignée est devenue le traitement de base pour toutes les maladies, en particulier, la peste,  la variole, l’épilepsie et la goutte.

La technique était alors d’entailler les veines ou des artères dans l’avant-bras ou du cou, en utilisant un outil spécial avec une lame aiguë.

La saignée, comme procédure médicale, est devenue un peu moins angoissante au 18ème siècle : les médecins utilisaient des lancettes à ressort et un instrument appelé scarificateur, comportant plusieurs lames faisant des coupes parallèles.

Sang jeune 

Et si l’élixir de jouvence coulait dans nos veines ? Du moins chez ceux d’entre nous qui n’en ont pas encore asséché la source : les jeunes. L’hypothèse, qui semble tout droit sortie d’un film de vampires, est étudiée de plus en plus sérieusement depuis que des expériences ont montré que le sang extrait d’un organisme dans la force de l’âge peut régénérer les corps affaiblis par le poids des années. Au point que, pour lutter contre les nombreuses maladies associées à la vieillesse, de premiers essais de transfusion de patients viennent de démarrer.

Un article récent signé notamment par Harold Katcher et Steve Horvath concerne des rats âgés de 2 ans qui ont reçu un plasma sanguin de jeunes rats. Leurs indicateurs physiologiques durant le test étaient quasiment devenus ceux de rats de 6 mois. Cela semble prometteur mais cette étude est controversée du fait notamment qu’il ne teste pas la longévité et que l’échantillon de rats n’est pas suffisant pour en tirer des conclusions fiables. Cette étude n’a d’ailleurs pas encore été validée par la communauté scientifique.

Il y a 15 ans déjà, cette piste surprenante dans la quête de la jeunesse éternelle ou du moins prolongée s’est ouverte avec les expériences réalisées par Irina et Michael Conboy et leurs collègues de l’université de Stanford. Nous nous demandions pourquoi les organes vieillissent tous plus ou moins à la même vitesse, et nous avons pensé que le sang qui les relie pouvait être une explication, raconte Michael Conboy.

Pour le vérifier, son équipe a relié temporairement le réseau vasculaire de souris jeunes à celui de souris âgées, comme s’il s’agissait de siamois, une opération chirurgicale complexe, nommée parabiose. Et ils ont constaté que les muscles et le foie des plus vieilles se régénéraient plus efficacement, tandis que l’inverse se produisait chez les souris jeunes.

Selon les résultats publiés par une équipe internationale dirigée par Tony Wyss-Coray, de l’université de Stanford, le sang jeune pourrait stimuler la fabrication de nouveaux neurones chez les souris âgées. Tandis qu’une équipe anglo-américaine, codirigée par Amy Wagers observait un effet régénérant au niveau de la moelle épinière.

Mais d’où viendraient ces pouvoirs « alchimiques » du sang des jeunes ? Les scientifiques tentent depuis plusieurs années d’identifier les molécules favorisant cette régénération. Des expériences d’injection de quelques-unes d’entre elles ont déjà donné des résultats prometteurs, et les pistes de recherche ne manquent pas.

D’où viendraient, à l’inverse, les molécules à l’action opposée qui, avec les années, les remplacent progressivement dans le sang ? On peut imaginer que certains tissus ou organes, en vieillissant, « infectent » les autres en produisant de plus en plus de molécules néfastes, qui vont voyager dans le sang, avance le neurologue Tony Wyss-Coray. Reste à identifier lesquels.

Le chercheur partage l’espoir, avec de nombreux confrères, qu’inhiber l’action de ces molécules liées au vieillissement, et renforcer celle des molécules régénératrices présentes dans le sang jeune, pourra ralentir le vieillissement.

En attendant ce Graal du prolongement de la vie, l’objectif est déjà de prévenir ou de soigner les nombreuses maladies chroniques favorisées par l’âge (pathologies cardio-vasculaires ou neurodégénératives, fragilité osseuse et musculaire…), mais aussi de favoriser la régénération des organes après un accident ou une opération chirurgicale.

Et les premiers essais sur l’homme ont déjà commencé. Dès 2014, Tony Wyss-Coray a fondé une start-up, Alkahest, qui a depuis procédé à des transfusions hebdomadaires de quelques décilitres de plasma, donné par des individus de moins de 30 ans, et acheté aux banques de sang lorsqu’elles avaient du surplus, à 18 patients atteints d’Alzheimer.

En 2019, l’équipe de Wyss-Coray a publié dans Nature medecine à propos d’une protéine, la VCAM1, qui augmente avec le vieillissement et semble avoir un impact important sur le cerveau. Les mesures biologiques et cognitives ont indiqué que bloquer la VCAM1 empêchait non seulement le vieux plasma d’endommager le cerveau des jeunes souris, mais pourrait même inverser les déficits chez les souris âgées.

Du plasma sanguin dilué

Une nouvelle étude, menée par  Irina et Michael Conboy de l’université Berkeley, a révélé une nouvelle voie intéressante dans les efforts pour lutter contre les effets du vieillissement. Les recherches de l’équipe ont montré comment la dilution du plasma sanguin de souris plus âgées peut avoir un fort effet de rajeunissement sur les tissus et les organes, en réduisant la concentration de protéines inflammatoires qui augmentent avec l’âge.

La moitié du plasma des souris a été échangée contre une solution composée d’eau salée et d’albumine. Ceci a amélioré considérablement la santé des souris âgées. Les effets de rajeunissement sur le cerveau, le foie et les muscles étaient les mêmes ou plus importants que lors des premières expériences en 2005. La procédure n’a eu aucun effet néfaste ou positif sur la santé des jeunes souris.

En utilisant l’analyse protéomique pour étudier le plasma sanguin et son contenu en protéines, l’équipe a découvert que le processus agit comme un « bouton de réinitialisation moléculaire ». Après l’échange, l’équipe a observé des concentrations plus faibles de protéines pro-inflammatoires tandis que les protéines bénéfiques, notamment celles qui favorisent la vascularisation, étaient capables de prospérer.

Il y a deux interprétations principales de nos expériences originales (de 2005), explique Irina Conboy. La première est que, dans les expériences de jonction des souris, le rajeunissement était dû à du sang jeune et à des protéines jeunes ou à des facteurs qui diminuent avec l’âge, mais une alternative tout aussi possible est que, avec l’âge, vous avez une augmentation de certaines protéines dans le sang qui deviennent nuisibles, et celles-ci ont été supprimées ou neutralisées par les jeunes partenaires. Comme le montre notre expérience (récente), la deuxième interprétation s’avère exacte. Le sang jeune ou les facteurs correspondants ne sont pas nécessaires pour l’effet de rajeunissement ; la dilution du vieux sang est suffisante (source).

Des candidats médicamenteux

Certaines de ces protéines présentent un intérêt particulier et, à l’avenir, nous pourrions les considérer comme des candidats thérapeutiques et médicamenteux supplémentaires, déclare Michael Conboy. Mais je mettrais en garde les gens trop optimistes. Il est très peu probable que le vieillissement puisse être inversé par des modifications d’une seule protéine. Dans notre expérience, nous avons découvert que nous pouvions faire une procédure relativement simple et approuvée par la FDA, et qu’elle modifiait simultanément les niveaux de nombreuses protéines dans le bon sens (source).

Voici donc qui est extrêmement prometteur. Malheureusement, seuls des marqueurs de vieillissement ont été mesurés. Aucune vérification de progrès pour la longévité n’a été effectuée puisque les souris étaient sacrifiées une fois l’expérience terminée. Il se pourrait très bien que les effets soient seulement temporaires voire négatifs sur le long terme.

Une expérimentation sur des humains et en double-aveugle serait cependant déjà prévue. C’est très positif si cela se passe rapidement et avec des volontaires bien informés. Nous saurions ainsi rapidement s’il y a un effet aussi positif pour les humains que pour les souris. Nous saurions après quelques mois si l’effet positif est durable. Si c’est le cas, cela sera une avancée énorme pour la longévité.


La bonne nouvelle du mois : De plus en plus de conférences internationales pour la longévité en ligne


Suite à la pandémie de Covid-19, un effet collatéral positif est une diffusion plus large, plus rapide et souvent gratuite, d’évènements concernant la longévité. Ainsi la Life Extension Advocacy Foundation (LEAF – Lifespan.io) diffuse de nombreuses conférences, notamment par sa chaîne YouTube.

À noter pour les non-anglophones qu’il est possible d’utiliser la traduction automatisée pour le sous-titrage. C’est encore imparfait, mais, généralement, déjà compréhensible. Un progrès technologique utile pour bien des usages dont le partage d’informations pour une vie plus longue.


Pour en savoir plus :