Pour une station internationale de la longévité. La mort de la mort. Septembre 2018. N° 114.

Les gens voteront avec leurs pieds dès que ces technologies offriront des bénéfices significatifs. Aujourd’hui, ils se posent des questions sur la nature, sur Dieu, mais tout cela changera dès qu’il sera possible de doubler la durée de vie d’un individu grâce au génie génétique(…).

Les gens auront recours au génie génétique si vous pouvez leur garantir que leur enfant ne sera pas atteint par la maladie d’Alzheimer,  (…) Quand il nous offrira des organes de rechange ou guérira le vieillissement, alors bien sûr qu’on s’en servira. (Julian Savulescu bioéthicien Septembre 2015, Source.


Thème du mois. Une mobilisation mondiale pour un but commun est possible


L’International Space Station (ISS)

Parfois la nuit, nous pouvons la voir à l’oeil nu. Elle est un point de lumière plus visible qu’une étoile et qui accomplit chaque 97 minutes le tour de notre planète. Elle passe à 400 kilomètres d’altitude, bien loin de la minuscule pellicule d’atmosphère qui enveloppe toutes les formes de vie que nous connaissons, tout ce que nous avons de nos rêves les plus fous à nos cauchemars les plus atroces.

Dans cet environnement absolument hostile, les États-Unis, la Russie et d’autres nations dont la France ont créé une toute petite oasis de 388 mètres cubes habitables, continuellement occupée depuis l’an 2000. C’est un objet formé de composants tellement solides qu’ils peuvent résister au vide de l’espace et à des écarts de température qui nous tueraient en quelques dizaines de secondes, mais tellement fragile qu’il suffirait d’une météorite de quelques grammes pour la détruire.

Pourquoi parle-t-on de station spatiale internationale ? Parce que le mot station en français et en anglais peut désigner, outre un lieu où l’on s’arrête, une place où l’on effectue des observations scientifiques ainsi que les installations qui y sont aménagées.

La station internationale fait partie des grands projets collectifs de l’humanité. Un de ces objectifs est le prestige, mais un prestige qui n’est pas dirigé contre d’autres groupes. En ce sens, cette réalisation technologique est plus collective, plus solidaire et plus universelle que le projet Apollo des années 60. Car après « le petit pas pour l’homme mais le bond de géant pour l’humanité » de Neil Armstrong, le premier drapeau déployé ne fut pas celui des Nations-Unies mais le drapeau américain.

Dans la station internationale, l’essentiel du travail concret est du travail scientifique. Malheureusement, le Space Station Biological Research Program de l’ISS n’a jamais été entamé, notamment suite à la destruction de la navette spatiale Columbia. Néanmoins, des expériences se déroulent fréquemment dont certaines concernent la sénescence d’êtres vivants.

Autres projets scientifiques internationaux

Un projet international scientifique peut-il être hébergé à la surface de la planète sans faire partie d’un État ? Oui, certainement. D’abord la majorité de la surface du globe n’appartient pas juridiquement à un État. Il s’agit de la partie des océans en dehors des eaux territoriales. Ensuite, il y a le continent Antarctique qui n’appartient à aucun État conformément à un traité international de 1959. Ce traité, qui s’inscrivait notamment dans le contexte de la guerre froide, se voulait pacifique et également scientifique, comme exprimé précisément dans l’article 2: La liberté de la recherche scientifique dans l’Antarctique et la coopération à cette fin (…) se poursuivront.

Moyennant un traité international, d’autres terres pourraient être soustraites à la compétence d’un État. Ce n’est cependant pas indispensable à une station internationale terrestre. De nombreux projets internationaux ont été réalisés sans cette exigence.

Le CERN, Organisation européenne pour la recherche nucléaire constituée de 22 États membres, a joué un rôle important dans le développement d’internet. Le CERN est notamment à l’origine du premier « navigateur du web ». A noter du point de vue de la symbolique internationale que les bâtiments du CERN sont situés à cheval sur les territoires suisse et français.

L’UNESCO a créé le concept de patrimoine mondial de l’humanité. Les sciences y sont bien présentes puisque la première catégorie de bien est ce qui représente un chef-d’œuvre du génie créateur humain. Cependant, l’accent est plus souvent mis sur la beauté que sur la science. Il y a un aspect international symbolique puisque l’inscription sur la liste postule que ces biens appartiennent aussi à l’ »Humanité ».

L’Organisation mondiale de la Santé (dont presque tous les États du monde sont membres) réalise entre autres la classification internationale des maladies (ICM), dont la 11ème révision est actuellement en cours.

Le Human Brain Project a pour vocation une excellente compréhension du cerveau humain. Le projet, qui a connu des controverses, comprend notamment une plate-forme médicale. Il s’agit d’un travail mettant en relation 117 institutions issues de 17 États, la plupart de l’Union européenne mais aussi de la Suisse, d’Israël et de Turquie.

Une station internationale de la longévité / Un projet Apollo / Un projet Manhattan ?

Un projet international pour la longévité serait une manière collective et solidaire de chercher à accomplir un des plus vieux rêves de l’humanité. Cela serait également un moyen de mise en oeuvre d’une partie peu connue de la déclaration universelle des droits de l’homme qui postule en son article 27 que Toute personne a le droit de (…) participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.

Si le projet débute de manière associative, il pourrait être promu par le Conseil international pour la science. Le lieu idéal serait une place où se rencontrent des frontières, mais cela pourrait être aussi un lieu international pour des raisons symboliques ainsi par le choix des participants.

Une station internationale de la longévité pourrait impliquer :

  • La partie du « Human Brain Project » qui traite des questions médicales. Pour autant que nous le sachions, il n’existe aucune espèce vivante ayant un système nerveux complexe qui ne meurt pas de vieillissement. Les maladies neurodégénératives sont donc au coeur des mécanismes de vieillissement de l’être humain.
  • Les services et travailleurs de l’Organisation Mondiale de la Santé qui s’occupent spécifiquement des maladies liées au vieillissement.
  • Un comité international (prix Nobel, spécialistes) chargé d’examiner les propositions les plus innovantes.
  • Les scientifiques les plus performants dans les domaines concernés.
  • Des chercheurs dans le domaine de l’intelligence artificielle compétents pour les questions de santé.
  • Une plate-forme informatique internationale de mise à disposition des données concernant les études réalisées et en cours relative à la longévité. Il s’agit d’abord des études portant sur les humains, mais aussi les études portant sur des animaux. Il est important que les échecs soient également connus.
  • Une base internationale de données génétiques humaines relatives à la santé au service exclusif de la recherche publique (et donc sans but commercial). Les informations, provenant d’organismes scientifiques compétents pour la santé publique, sont rassemblées dans un environnement sécurisé et conçu spécifiquement pour recueillir des informations relatives à l’allongement de la durée de vie en bonne santé.
  • Un groupe international de médecins, infirmiers, praticiens de santé qui réalisaient des expérimentations de nouvelles thérapies de longévité. Ces expérimentations concernent des volontaires âgés, bien informés et soucieux de permettre à celles et ceux qui le souhaitent de vivre en bonne santé beaucoup plus longtemps.
  • Une équipe d’éthiciens, d’économiste et de juristes chargés d’examiner les moyens d’accélérer la recherche. Il s’agit de mettre en oeuvre, dès que c’est possible scientifiquement, le devoir universel d’assistance aux personnes qui souffrent de maladies liées au vieillissement et souhaitent bénéficier des progrès médicaux.

La bonne nouvelle du mois : Festival de la longévité en Californie


Du 20 au 23 septembre se déroulait à San Diego la Raadfest, le plus grand événement mondial annuel de militants de la longévité. Cette année, c’est notamment Ray Kurzweil qui s’est exprimé à propos des avancées en matière de longévité. Parmi les dizaines d’autres spécialistes qui se sont exprimés avec enthousiasme, certains ont parlé des recherches en cours, d’autres des investissements financiers possibles.


Pour en savoir plus  :
De manière générale, voir notamment: heales.orgsens.orglongevityalliance.org et longecity.org
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