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Longévité, y-a-t-il une app pour cela ? La mort de la mort. Août 2017. N° 101. 

J’ignore si je veux l’immortalité, mais je suis raisonnablement certain que je ne souhaite pas mourir aussi longtemps que je ne veux pas mourir. Nikola Danaylov, futuriste auteur du blog Singularity, 2017 (traduction).


Thème du mois: Smartphones, autres technologies portables de santé  et longévité


La science-fiction de Star Trek, nous l’avons dépassée

En un peu plus de 25 ans, nous avons connu dans le domaine technologique, deux bouleversements majeurs et qui se combinent tellement bien que nous n’en voyons plus qu’un.

Le 1er bouleversement est celui d’internet. A partir des années 90, pour les scientifiques d’abord puis pour le public large, l’information est devenue de plus en plus accessible virtuellement.

Le second bouleversement est celui de la téléphonie mobile. Il débute également dans les années 90 d’abord pour les citoyens aisés et puis rapidement pour la majorité des habitants de la planète, y compris les plus pauvres.

C’est depuis à peine 10 ans que les deux technologies se fondent pour permettre des instruments dépassant les rêves les plus fous des auteurs de science-fiction du passé.

Beam me up, Scotty disait le capitaine Kirk dans Star Trek. Aujourd’hui la téléportation n’est plus nécessaire pour communiquer puisque quasiment tout ce qui est information est dématérialisable, accessible à presque tous et presque partout et ceci dans un instrument d’une centaine de grammes et pouvant coûter moins de 100 euros. Se déplacer n’est plus nécessaire pour parler à un ami, connaître la température à Honolulu, voir la terre depuis l’espace ou lire les déclarations publiques, les communications et les décisions de milliards de personnes, organisations, administrations et entreprises. Il en va de même pour prendre connaissance des communications médicales depuis celles de l’Organisation mondiale de la Santé jusqu’aux informations de tout petits groupes de patients rassemblés par-delà les frontières.

L’être humain a des capacités extraordinaires qui ont rendu cela possible. Il a aussi la capacité de s’habituer tellement vite à ces progrès qu’il s’en servira plus pour partager des vidéos de chats et enfants charmants et pour se plaindre de lendemains qui ne chantent pas assez que pour améliorer sa santé.

C’est probablement notamment pour cela que le tricorder médical qui dans Star Trek était utilisé par les médecins pour aider à diagnostiquer les maladies et recueillir des informations corporelles sur un patient reste, lui, en 2017, de la science-fiction.

Les applications de santé dans les téléphones intelligents

Des dizaines de milliers d’applications de santé sont disponibles aujourd’hui dans les environnements Apple et Google. Il y a notamment des applications :

– servant les professions médicales
– servant les patients dans le cadre de traitements
– effectuant des mesures de santé (les plus utilisées).

Alors que le domaine médical est généralement fortement réglementé, un processus de certification n’a été que rarement appliqué en la matière. La grande facilité pour réaliser ces applications, le nombre considérable de groupes tentant de vendre leur produit et l’absence de contrôle systématique limitent l’utilisation médicale. En réalité, les produits les plus connus comme l’application Santé d’Apple ou les bracelets Fitbit sont surtout utilisés pour la mesure de l’exercice de personnes en bonne santé, mesurant bien plus le fitness que la santé.

Les capteurs connectés

De très nombreuses solutions existent, notamment pour tout ce qui est de la surveillance des personnes malades. Des systèmes de surveillance à distance existaient d’ailleurs déjà avant l’arrivée d’Internet. Mais ici aussi, alors que la fiabilité peut être une question de vie ou de mort pour les patients les plus âgés ou pour ceux souffrant de certaines maladies à déclenchement brusque, le niveau de performance reste malheureusement faible.

Il est – négativement – fascinant de constater qu’il n’existe à ce jour aucun capteur connecté largement reconnu comme efficace qui pourrait avertir à distance lorsqu’une personne a des troubles importants de santé. Il faut que la personne âgée « appelle à l’aide ». Aujourd’hui, le réseau (et surtout Google) peut deviner où vous allez, vous rappeler vos rendez-vous, vous avertir du départ de votre avion, compter vos pas, déterminer l’endroit où vous êtes à quelques dizaines de centimètres près. Mais les créateurs d’objets connectés restent à ce jour incapables de créer un bracelet (ou un autre dispositif) détectant efficacement « tout seul » et sans risque d’erreur ou de fausse alerte des problèmes sérieux de santé.

Les perspectives

A terme, des dispositifs de mesure pourraient être portés par tous ceux qui le souhaitent pour mesurer l’activité, la respiration, les battements cardiaques et prévenir lorsque des problèmes se posent. Il est aussi envisageable d’avoir des capteurs ailleurs, par exemple dans les cuvettes des WC. Ce n’est pas la plus poétique des analyses médicales, mais cela serait une source considérable d’information concernant l’alimentation et de nombreuses affections.

Enfin, il est concevable d’avoir des capteurs à l’intérieur du corps qui pourraient détecter par exemple des agrégats graisseux dangereux, des virus, des signes de maladies cardiovasculaires, des cellules cancéreuses… Au fur et à mesure des progressions en matière de miniaturisation et de transmission, l’efficacité augmente et le caractère invasif diminue.

Dans un monde qui ferait de la santé, de la prévention et de la recherche médicale une priorité, il est imaginable que ces informations ne seraient pas uniquement utiles aux patients mais qu’elles seraient également, sauf opposition expresse des intéressés, rassemblées et analysées après anonymisation.

Les risques

Aujourd’hui, la plupart de ces technologies sont encore d’une fragilité et d’une imprécision importantes. Le degré de redondance et la précision doivent être considérablement renforcés et des mécanismes de contrôle équivalents à ceux des autres domaines médicaux sont nécessaires pour une utilité optimale pour les citoyens. Mais au-delà de ces questions qui ne nécessitent « que » du travail médical et informatique, il y a la question de la sécurité vis-à-vis de personnes mal intentionnées. Les plus grands experts informatiques ne se fient pas uniquement à l’informatique pour leur webcam, ils ajoutent aussi un bout de sparadrap pour empêcher physiquement tout « hacker » de regarder.

Une action similaire ne sera pas toujours possible dans le domaine de la santé, particulièrement pour des capteurs internes. Il faudra donc des recherches poussées au niveau informatique et également au niveau législatif et réglementaire.

Demain, un téléphone intelligent, sanitaire et solidaire ?

Nous nous servons quotidiennement de nos smartphones pour des buts innombrables, mais pas assez pour ceux de santé, moins encore en termes collectifs. Nous sommes des milliards à avoir accepté une perte d’anonymat et une prise de risques vis-à-vis des réseaux sociaux, mais nous sommes beaucoup plus réticents pour partager nos données de santé. Pourtant, la majorité d’entre nous serait d’accord de partager des données pour sauver d’autres vies, certainement si l’anonymat est garanti et probablement même si cela comportait des inconvénients mineurs. La création d’un environnement culturel, social, médical… favorable à ces mises en commun de données pourrait être un des moteurs de la recherche collective pour une vie en bonne santé beaucoup plus longue.

Les bonnes nouvelles du mois. Succès de la Raadfest. Longévité accrue en Belgique.

La Raadfest (Revolution against Aging and Death) a rassemblé début août à San Diego des centaines de personnes. Pendant près de 4 jours, plusieurs des plus grands spécialistes mondiaux du vieillissement et aussi de nombreux activistes de la longévité, se sont rencontrés.

C’était un show à l’américaine, pas uniquement avec des gens totalement sérieux. Mais il y avait un enthousiasme qui faisait plaisir à voir et une volonté affichée de partager des informations illustrée notamment par un site internet « Society for the Rescue of Our Elders » (Société pour le sauvetage de nos personnes âgées).

Et dans la vraie vie, en Belgique comme ailleurs, la durée de vie continue de globalement progresser. Après une légère baisse en 2015, en 2016, elle progresse de 0,4 année. La direction statistique du SPF (ministère fédéral belge) Economie écrit Les  tables  trisannuelles  permettent  également  d’observer  que  l’espérance  de  vie  à  la  naissance augmente  pour  passer  de  77,38  ans  en  1996-1998  à  81,08  ans  dans  la  table  de  2014-2016,  sans  subir  aucune baisse (sur base trisannuelle) dans l’intervalle.


Pour en savoir plus:

 

 

 

Cent informations longévitistes de ces dix dernières années. La mort de la mort. Juillet 2017. N° 100.

Si vous êtes vivant dans 30 ans, il est vraisemblable que vous serez toujours vivant dans mille ans. Alexa Erickson, écrivaine américaine, mai 2017 (source de la citation traduite).


Vous avez devant les yeux le centième numéro de La mort de la mort et également le plus long. Pour l’occasion, vous trouverez 100 nouvelles concernant le vieillissement de ces 10 dernières années. Elles sont divisées en 10 catégories.

A. Progrès de longévités humaines
B. 
Les arbres ne montent pas (encore) jusqu’au ciel
C. Une vie plus longue en bonne santé
D. Des maladies et affections globalement moins nombreuses et moins souvent mortelles
E. Progrès de la génétique
F. Progrès des recherches de santé et découvertes concernant des animaux
G. Progrès de l’informatique médicale et avancées « vertigineuses »
H. Progrès des entreprises
I. Progrès des opinions
J. Ils ont dit et écrit

Il s’agit surtout de bonnes nouvelles mais pas exclusivement. Chaque information est accompagnée d’au moins un lien vers un article pouvant vous éclairer plus avant. La source est souvent Wikipédia (les articles de Wikipédia étant eux-mêmes sourcés), le plus souvent en français mais parfois en anglais. Tous les liens fonctionnaient au 30 juillet 2017.

Les caractéristiques de ces 100 nouvelles relatives à la longévité sont les suivantes:

  • elles n’auraient pu être écrites, ni souvent envisagées, il y a 10 ans;
  • elles montrent des évolutions nettes et souvent spectaculaires;
  • beaucoup de ces nouvelles auraient été de très bonne surprises voire de la science-fiction utopique en 2007.

Et les années à venir devraient être plus spectaculaires encore!

A. Progrès de longévités humaines

  • L’espérance de vie des humains a crû de 4 ans dans le monde depuis l’an 2000 et dépasse aujourd’hui 70 ans.
  • L’espérance de vie des femmes a également crû de 4 ans dans le monde depuis l’an 2000. Elle est aujourd’hui de 74 ans.
  • Certains pensent que la santé des adultes se dégrade. En fait, la mortalité ne diminue pas seulement pour les plus jeunes ou pour les plus âgés, elle diminue pour toutes les tranches d’âge. Ainsi, même en seulement 4 ans, au Québec, de 2012 à 2016, les évolutions positives sont visibles.
  • Le pourcentage de mortalité globale diminue donc (logiquement) également globalement (avec des variations selon l’évolution de l’âge moyen de la population). Ainsi, en 2004, près de 9 citoyens du monde sur 1.000 sont morts alors qu’en 2014, il ne s’agissait plus que d’un peu moins de 8 sur 1.000.
  • Une jeune femme de 25 ans avait en 2015 en France une (mal)chance sur 5.000 de mourir. Autrement dit, si le vieillissement était absent, elle pourrait espérer vivre plusieurs millénaires.
  • L’espérance de vie a crû de 2 ans en France ces dix dernières années
  • En Belgique, l’espérance de vie dépasse les 80 ans depuis 2010.
  • Au Canada, l’espérance de vie à cru de 3 années depuis l’an 2000.
  • Au Sénégal, les femmes vivent en moyenne 69 ans, 30 ans de plus qu’en 1960.
  • Au Bangladesh, un des pays les plus pauvres du monde, l’espérance de vie a crû de 4 ans environ les 10 dernières années.
  • En Afrique subsaharienne, la zone du monde la plus pauvre, l’espérance de vie a crû de 6 ans (!) ces 10 dernières années.
  • Les inégalités entre le nord et le sud continuent de décroître en ce qui concerne l’espérance de vie
  • Il n’y a jamais eu autant de personnes âgées de 75 ans et plus dans le monde en nombre absolu et en proportion. En France, c’est plus de 9 % de la population.
  • Il n’y a jamais eu autant de nonagénaires dans le monde en nombre absolu et en proportion. En France, ils étaient 550.000 en 2013.
  • Il n’y a jamais eu autant de centenaires dans le monde en nombre absolu et en proportion. Par exemple, le nombre de centenaires au Royaume-Uni a crû de 72 % de 2004 à 2014.
  • L’espérance de vie des suisses à l’âge de 65 ans est aujourd’hui de plus de 20 ans.
  • Dans tous les pays du monde, l’espérance de vie est désormais de 50 ans au moins. L’espérance de vie moyenne, même dans les pays les plus pauvres est donc plus longue que la durée de vie maximale humaine durant presque toute l’histoire de l’humanité. En effet, jusqu’il y a un peu moins de 10.000 ans, avant les villes et les villages, avant les civilisations, les humains mouraient (quasiment) tous  avant 50 ans.

B. Les arbres ne montent pas (encore) jusqu’au ciel

  • Parmi les 7,5 milliards d’êtres humains sur notre planète, seuls un petit millier (voire moins) ont plus de 110 ans d’âge (moins d’une personne sur 5 millions).
  • Une demi-douzaine de personnes dans le monde (une personne sur un milliard) sont connues comme ayant 115 ans et plus.
  • Jeanne Calment décédée à 122 ans en 1997 reste, selon toute vraisemblance, la personne ayant vécu le plus longtemps dans l’histoire de l’humanité.
  • Dans les journaux populaires ou supposés de qualité, les articles à propos de joyeux supercentenaires ayant plus de 130 ans se font moins nombreux. C’est signe que, dans ce domaine-là, les fausses nouvelles sont moins nombreuses et moins folkloriques qu’avant. En 2006, Josefa Molina Lantz était censée avoir vécu 175 ans. Aujourd’hui, les affirmations de longévités extrêmes reprises dans les médias n’atteignent plus 150 ans. Et la vérité est que pas un être humain n’a plus de 117 ans aujourd’hui.

C. Une vie plus longue en bonne santé

  • Selon l’étude Global Burden of Disease du Lancet en 2010, alors que l’espérance de vie à la naissance avait augmenté de 4,7 ans pour les hommes et de 5,1 ans pour les femmes entre 1990 et 2010, l’espérance de vie en bonne santé à la naissance avait augmenté elle de respectivement 3,9 ans et 4 ans. Autrement dit, environ les 3/4 des années de vie gagnées le sont en bonne santé.
  • La durée mondiale moyenne de vie en bonne santé estimée par l’OMS en 2015 est de 63,1 ans.
  • Jamais dans l’histoire de l’humanité, il n’y a eu autant de nourriture disponible (par personne et en chiffres absolus). Mais jamais non plus, malheureusement, il n’y a eu autant de personnes en situation de surpoids. Selon une étude du Lancet, au niveau mondial, l’obésité approche le quart de la population, soit 2 % de plus qu’en l’an 2000.
  • Le record du monde de l’heure du cycliste centenaire a été établi en 2012 par Robert Marchand. Auparavant ce type de record n’existait pas.
  • Selon une étude parue en 2013, les nonagénaires danois nés en 1915 ont à 93 ans des meilleures capacités physiques que les nonagénaires nés en 1905 et ayant 91 ans. Les nonagénaires les plus « récents » ont donc de meilleures capacités que les nonagénaires les plus « anciens » malgré qu’ils soient plus âgés.
  • Les centenaires également sont en meilleure santé en 2017 que l’on ne le pensait auparavant.
  • Vu notamment l’avancée en âge de la populations, la mortalité et la morbidité concernant la maladie d’Alzheimer (et les autres maladies neurodégénératives) sont globalement en forte hausse.
  • Cependant, malgré les progrès lents de la recherche à ce sujet et malgré ce qui est généralement perçu, à âge égal, l’impact des maladies neurodégénératives semble décroître.

D. Des maladies et affections globalement moins nombreuses et moins souvent mortelles

  • Jamais dans l’histoire de l’humanité, la mortalité infantile n’a été aussi basse. Ainsi en Suisse, il n’y a plus en 2014 que 3,7 décès par 1000 enfants avant un an alors qu’il y en avait encore 4,4 en 10 ans auparavant.
  • Jamais dans l’histoire de l’humanité, la mortalité maternelle (suite à une grossesse) n’a été aussi faible.  Par exemple, au Sénégal, de 2005 à 2015, le nombre de décès de mères par million de naissances est passé de 43 à 32.
  • Jamais dans l’histoire de l’humanité, il n’y a eu autant de médecins (et professions médicales). 13,9 médecins par 10.000 habitants en 2013 (contre 13 en 2009).
  • Jamais dans l’histoire de l’humanité, nous n’avons dépensé autant pour les soins de santé (mais cette hausse ne signifie pas toujours des progrès de santé équivalents). Les dépenses frôlent les 17 % du PIB des Etats-Unis en 2015, près de 10.000 dollars par personne et par an, plus de 2 % de plus qu’il y a 10 ans.
  • Le nombre de cancers augmente, notamment vu l’avancée en âge, mais nous en mourons de moins en moins. Bon an, mal an, la mortalité due au cancer, à âge égal diminue d’environ 1 % par an en France depuis 1980.
  • La mortalité suite à des affections cardio-vasculaires diminue voire parfois dégringole. Ainsi, selon une étude dans certaines régions de Belgique et de France, pour les hommes, la mortalité par infarctus aigu du myocarde est passée en moins de 25 ans (1994 – 2008) de presque 100 cas pour 100.000 habitants par an à moins de 50 (les femmes  passant elles de 45 à 22 morts par 100.00 habitants).
  • Le taux de malaria dans le monde a considérablement diminué ces dernières années.
  • La tuberculose fait encore plus d’un million de morts par an, mais le pourcentage de mortalité a diminué d’environ 1/3 entre 2005 et 2015.
  • Si la lèpre et son impact restent encore bien plus présents que ce que n’imaginent la plupart des citoyens des pays aisés, la maladie diminue : il y avait 300.000 cas répertoriés en 2005 et toujours plus de 230.000 cas en 2012.
  • Le nombre de cas de rougeole (qui tuait de nombreux enfants dans les pays pauvres) a été presque divisé par dix en 35 ans (moins de 500.000 cas par an aujourd’hui).
  • Côté « négatif », selon l’OMS en 2014, le nombre de cas de diabète est en hausse énorme touchant 8,5 % de la population mondiale (contre 4,7 % en 1980) et la mortalité est en hausse également, tuant directement 1,5 million de personnes dans le monde.
  • Les hépatites (de tous types) tuent également plus en 2015 qu’en 2005 (environ 1.350.000 personnes par année contre environ 1.200.000).
  • Il y a 20 ans, si la maladie était avancée, l’espérance de vie d’une personne atteinte du SIDA était très courte . Aujourd’hui, si les soins adéquats sont fournis, la différence d’espérance de vie entre les personnes atteintes du sida et les autres est faible.

E. Progrès de la génétique

F. Progrès des recherches de santé et découvertes concernant des animaux

  • Jamais dans l’histoire de l’humanité, il n’y a eu autant de chercheurs. 7,8 millions en 2013, soit 21 % de plus qu’en 2007. Beaucoup sont actifs dans le domaine médical.
  • Des dizaines de milliers d’applications à vocation médicale sont disponibles de par le monde. Les applications médicales n’existaient que peu ou pas il y a 10 ans.
  • En 2009, le prix Nobel de médecine et de physiologie 2009 a été attribué à trois chercheurs définis par le journal « Le monde » comme en quête d’immortalité. Elizabeth Blackburn, Carol Greider et Jack Szostak ont découvert des mécanismes de fonctionnement de la télomérase.
  • En 2011, le professeur français Jean-Marc Lemaitre et son équipe sont parvenus à transformer des cellules de patients âgées en cellules-souches, c’est-à-dire en cellules susceptibles de se reproduire sans limitation et potentiellement de produire des organes et tissus de toutes les parties du corps. Le patient le plus âgé dont les cellules ont été « régénérées » avait plus de 100 ans.
  • En 2015, la « Food and Drug Administration » a autorisé l’utilisation de metformine sur des personnes âgées en bonne santé pour vérifier un effet possible positif sur leur longévité. Ce médicament n’est plus sous brevet, son utilisation possible pour la longévité ne sera donc pas coûteuse. D’autres produits sont de plus en plus testés pour la longévité ces dernières années: la rapamycine, les statines, la classique aspirine, …
  • En 2016, Liz Parrish de la société Bioviva est devenue le 1er humain à  s’annoncer comme effectuant sur elle-même une thérapie génétique pour améliorer sa propre longévité. C’est une expérience controversée mais courageuse.
  • En 2017, la destruction des cellules sénescentes est une des pistes les plus prometteuses pour lutter contre le vieillissement avec notamment des résultats très prometteurs chez les souris.
  • Côté négatif, le nombre de médicaments nouveaux produits dans le monde est en baisse notamment vu la complexité des réglementations et des principes dits de précaution utiles, mais ne prenant pas suffisamment en compte que la prudence, c’est parfois l’abstention, mais parfois aussi l’action. En 2016, seuls 16 médicaments étaient approuvés pour être vendus par la Food and Drug Administration américaine.
  • Depuis 2010, au moins chez le rat, un poumon « cultivé » en laboratoire permet une fonction respiratoire.
  • Les imprimantes 3D à vocation médicale n’existaient pas il y a 10 ans. Elles ouvrent des nombreuses perspectives pour la recherche, la création in vitro d’organes humains,…
  • Wisdom, une femelle albatros continue à pondre à l’âge de 66 ans (au moins). Pour cet animal, la longévité n’est pas un mythe et offre des perspectives d’étude.
  • Le requin du Groenland semble vivre plus de 4 siècles. Avant 2016, aucun vertébré vivant ayant vécu nettement plus de 2 siècles n’était connu.
  • En 2007, des tardigrades ont résisté à un séjour en fusée Soyouz. Dans l’espace, personne ne vous entend crier, mais un petit animal de 1 millimètre peut tenir compagnie sans scaphandre.

G. Progrès de l’informatique médicale et avancées « vertigineuses »

  • La loi de Moore (en réalité la conjecture de Moore) continue à s’appliquer, même si certains prédisent sa fin prochaine. La puissance de calcul est donc toujours exponentiellement plus forte, notamment pour les recherches médicales.
  • Si souvent la grande quantité de données médicales disponibles n’est pas (encore?) utilisable, de manière générale, elle est devenue gigantesque.
  • La société Insilico Medicine fondée en 2008 et dirigée par le chercheur russe basé au Royaume-Uni Alex Zhavoronkov a pour ambition d’utiliser l’intelligence artificielle dans le domaine de la recherche médicale, notamment de médicaments.
  • En 2011, le programme informatique IBM Watson, la forme probablement la plus performante de l’intelligence artificielle « générale », a écrasé les humains les plus performants dans un jeu de culture générale appelé Jeopardy. IBM investit maintenant dans la recherche informatique pour la santé et, potentiellement, la longévité.
  • Ray Kurzweil, qui défend depuis bien des années l’idée d’atteindre « l’immortalité » sous forme informatique, a été engagé en 2012 comme ingénieur par Google.
  • En 2013, Dmitry Itskov a organisé à New York la conférence 2045 qui vise à un jour créer un être humain virtuel et sans vieillissement.
  • Le Human Brain Project européen, établi en 2013, vise d’ici à environ 2024 à simuler le fonctionnement du cerveau humain grâce à un superordinateur. Il étudie notamment ce qui est lié aux maladies neurodégénératives.
  • La Brain Initiative américaine, démarrée, comme le Human Brain Project,  en 2013, veut  accélérer le développement et les applications de technologies innovatrices pour améliorer la compréhension du cerveau humain.
  • En 2016 a été créée artificiellement une bactérie synthétique avec moins de gènes que n’importe quelle bactérie « naturelle ». Chaque progression dans ce domaine permet de mieux comprendre les êtres vivants et potentiellement les mécanismes de longévité.

H. Progrès des entreprises

  • Google Calico qui a pour objectif de s’attaquer au vieillissement est créé en 2014 et a aujourd’hui plus d’un milliard de dollars de moyens financiers.
  • La Chan Zuckerberg Initiative réalisée par le dirigeant de Facebook et son épouse veut mettre fin à l’ensemble des maladies (!) avec un investissement de départ de 3 milliards de dollars.
  • Depuis 2014, Google Genomics veut organiser les informations génomiques à l’échelle mondiale dans le but de les rendre accessibles et utiles à tous. Google Genomics collabore notamment avec la Global Alliance for Genomics & Health, alliance où sont représentées de nombreuses institutions publiques et privées.
  • La Baseline Study de Google annoncée en 2014 veut étudier les données physiologiques de 10.000 personnes en bonne santé, notamment pour détecter plus rapidement les problèmes de santé.
  • Human Longevity Incorporated créée en 2013 veut créer la plus grande base de données humaine de génotypes et de phénotypes.
  • 23andMe, la plus grande société de séquençage génétique a un peu plus de 10 ans. Elle permet à des centaines de milliers de personnes de rassembler des données génétiques. Après une interruption pour des raisons de régulation de santé, la société recommence à donner des informations médicales à ceux qui se font séquencer.
  • Des centaines d’autres startups et organisations médicales relatives à la longévité se sont créées de par le monde ces dernières années.

I. Progrès des opinions

  • En 2016, 72 %  français, selon un sondage de Swiss Life Insurance, ont une opinion favorable à la longévité radicalement accrue, entendue de la manière suivante: On parle en médecine de transhumanisme ou d’homme augmenté, ce qui signifie que les progrès en médecine permettront à l’avenir d’augmenter fortement la longévité des hommes (…). Diriez-vous que ce type d’évolutions est une bonne ou une mauvaise chose?.
  • En 2016, à Berlin en Allemagne, un parti, Partei für Gesundheitsforschung, s’est présenté pour la première fois à des élections pour favoriser politiquement et socialement les avancées pour la longévité.
  • En 2016, un débat public américain établit que les partisans d’une longévité accrue l’emportent sur ceux qui souhaitent le statu quo (la majorité déclarant que la durée de vie actuelle n’est pas assez longue et qu’il faut donc chercher à l’allonger)
  • Selon un sondage en ligne, 89 % des lecteurs du journal britannique Daily Telegraph choisiraient de prendre une pilule anti-âge pour vivre jusqu’à 120 ans s’ils le pouvaient.
  • Heales, Healthy life extension society est née il y a 8 ans, a organisé trois conférences internationales (Eurosymposium) et promeut, en Europe, des recherches et réflexions pour une vie en bonne santé beaucoup plus longue. Cette lettre est une réalisation de cette organisation.
  • Depuis 2012, l’International Longevity Alliance rassemble des personnes et des organisations pour des réflexions mondiales et la promotion de la recherche.
  • Le 1er octobre de chaque année n’est plus seulement la journée internationale des personnes âgées mais devient de plus en plus la Journée de la longévité.
  • La longévité est également un des buts, modérés mais explicites des Objectifs de développement durable fixés par l’ONU pour les années 2015 à 2030: D’ici à 2030, réduire d’un tiers, par la prévention et le traitement, le taux de mortalité prématurée due à des maladies non transmissibles.

J. Ils ont dit et écrit

  • En 2011, Laurent Alexandre publie son livre: La mort de la mort. Comment la technomédecine va bouleverser l’humanité.
  • Jean-Luc Mélenchon, en septembre 2014, a déclaré Voici que les progrès inouïs des sciences et des techniques commencent à profiler le rêve fou qui était celui de Condorcet. Un jour mes amis, nous allons vaincre la mort.
  • Luc Ferry ancien ministre de l’éducation en France s’exprimait dans Le Point en août 2016: Le projet transhumaniste n’est pas absurde. Il s’agit de fabriquer une humanité qui serait à la fois jeune et vieille, qui réaliserait enfin l’adage: « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. »
  • Mark Eyskens, ancien premier- ministre belge a déclaré en 2014 à propos du livre « La mort de la mort », On dirait de la science-fiction, et pourtant le transhumanisme est en train d’émerger.
  • Le pape Benoît XVI a écrit dans une homélie du 3 avril 2010, Tôt ou tard, il devrait être possible de trouver le remède non seulement contre telle ou telle maladie, mais contre la véritable fatalité – contre la mort. En somme, le remède de l’immortalité devrait exister. Aujourd’hui aussi les hommes sont à la recherche de cette substance curative. La science médicale actuelle s’efforce, non d’exclure à proprement parler la mort, mais d’en éliminer toutefois le plus grand nombre possible de causes, de la reculer toujours plus ; de procurer une vie toujours meilleure et plus longue.
  • Ben Goertzel, un des plus grands spécialistes de l’intelligence artificielle, veut utiliser celle-ci pour une vie beaucoup plus longue. Il déclarait en 2015 (traduit de l’anglais): Cent dix ans sont loin de notre but final – l’objectif, c’est de vivre pour toujours. Mais si vous vivez aussi longtemps, nous espérons que la technologie de l’intelligence artificielle résoudra le reste des problèmes au cours de votre vie.
  • Sergey Brin, Larry Page et Bill Marris, trois des plus importants dirigeants de Google ont fait des déclarations « pro-longévité », Bill Marris envisageant une vie de 500 ans.
  • Par contre, Elon Musk, le fondateur notamment de Tesla, ne veut vivre « que » 100 ans … ou un peu plus.
  • A Bruxelles, le 1er octobre 2016, des scientifiques et longévitistes adoptaient une Déclaration pour l’extension radicale de la durée de vie.
  • En mai 2011, à l’occasion de la publication de son livre Au-delà de nos limites biologiques, Miroslav Radman, scientifique serbo-croate, proposait de doubler la vie, de multiplier l’espérance de vie par deux.
  • En février 2011, le célèbre magazine Time annonçait l’homme immortel pour 2045.

Les bonnes nouvelles du mois: de Madrid à San Diego, deux activités internationales pour la longévité


Et les deux dernières (bonnes) nouvelles concernent la multiplication des activités internationales consacrées uniquement ou principalement à l’allongement radical de la durée de vie en bonne santé.

En juin, des centaines de spécialistes et de militants se réunissaient à Madrid pour l’
International Longevity & Cryopreservation Summit.

En août, ils seront à San Diego (USA) du 9 au 13 août pour ce que certains ont appelé le Woodstock de la longévité: la RAADfest.


Pour en savoir plus:

 

 

Longévité individuelle et collective. La mort de la mort. Juin 2017. N° 99.

Les phrases étaient si éloquentes qu’il était difficile de résister au sentiment que des idées profondes et subtiles les sous-tendaient même si personne n’apercevait lesquelles. Nick Bostrom, la fable du dragon-tyran à propos de ceux justifiant le fait de ne pas lutter contre la mort par vieillissement.


Thème du mois. Longévité et risques existentiels
(risques pour l’ensemble de l’humanité)


Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles écrivait, il y a 98 ans, Paul Valéry, au sortir de la première guerre mondiale.  Cette phrase forte était notamment l’illustration d’un monde où il devenait envisageable que les progrès technologiques mènent à la fin de notre histoire collective.

De quoi s’agit-il

L’angoisse d’une disparition, pas seulement d’une personne ou d’un groupe, mais de toute une civilisation voire de toute l’humanité, est une peur ancestrale, illustrée dans bien des contes et récits d’apocalypse ou de déluges. Dans ces récits, la catastrophe est souvent créée par les hommes -par une faute contre les dieux.

Le concept de « risque existentiel« , la peur du côté obscur du futur fait partie des plus anciens cauchemars de l’humanité, un récit qui contrebalance mais aussi fait écho aux rêves d’immortalité. L’être humain est le seul être vivant qui a conscience de l’inéluctabilité de sa mort. Il est également conscient des forces et des fragilités des futurs collectifs. S’il veut puiser dans la survivance du groupe une certaine acceptation de sa fin, il est néanmoins conscient que le groupe lui aussi peut « mourir ».

Dans le passé récent, le concept de risque existentiel a été très largement popularisé et théorisé par un philosophe suédois vivant à Oxford, Nick Bostrom. Celui-ci distingue les risques que l’humanité se crée à elle-même et les risques naturels (par exemple un astéroïde qui s’écraserait sur la Terre) et il considère qu’à court terme, ce sont les risques anthropiques qui sont les risques majeurs.

Pour les risques créés par l’humain, il y a malheureusement bien des catégories qui sont envisageables, notamment:

Et la liste est malheureusement largement incomplète, notamment parce qu’il existe presque certainement des risques dont nous n’avons pas encore conscience.

Malheureusement également, il est imaginable qu’un jour, compte tenu des progressions technologiques, la « démocratisation de la violence », l’accessibilité de moyens de destruction soit telle qu’un petit groupe, voire un individu isolé puisse détruire l’humanité.

Les optimistes rappellent que les grandes craintes technologiques du passé se sont révélées exagérées. Les pessimistes signalent notamment que le fait que nous sommes apparemment seuls dans l’Univers (ce qui s’appelle le paradoxe de Fermi) pourrait bien s’expliquer par le fait que les civilisations technologiques finissent par s’autodétruire. Ils rappellent aussi, par un trait d’humour, le parcours imaginaire de l’homme en train de tomber d’un gratte-ciel, qui croise au 15e étage un laveur de vitres et lui crie « Jusqu’ici tout va bien ».

Longévité individuelle – longévité collective – pulsion de mort

Certains ont parfois affirmé que la longueur de l’existence collective était facilitée par la brièveté des existences individuelles. A entendre ce raisonnement, la mort d’un individu ayant été productif serait plutôt une bonne chose parce qu’il laisse la place aux générations suivantes. Certains verront aussi dans la mort de l’individu, précédé de sa décrépitude, une garantie que le groupe reste plus important que l’individu, une garantie de faiblesse des individus qui évite que ces individus se dressent contre la collectivité.

Mais parfois, ce désir et cette apologie de la mort vont plus loin. L’idée de mort souhaitable s’étend au-delà des individus, au souhait de la disparition de populations entières voire même de l’humanité. Les raisons invoquées peuvent être le respect de la nature ou d’une volonté divine, la fin de la surpopulation, la cruauté des femmes et (surtout) des hommes ou encore pour mettre fin aux souffrances humaines. Quoi qu’il en soit, c’est une considération que l’être humain ne vaut pas la peine de persister. Ceci peut s’expliquer psychologiquement. La mort étant acceptée individuellement, elle en devient souhaitée collectivement.

Attention, ici le trait a cependant été forcé. Ces « pulsions de mort », souhaits de disparition collective sont des attirances-répulsions où presque toujours la vie l’emporte. C’est la fascination qui s’empare de nous au sommet d’une falaise qui nous pousse à faire un pas en avant, l’envie que nous avons de détruire ce que nous avons de plus précieux, c’est une pulsion de mort qui nous fascine mais presque jamais ne l’emporte.

Longévité individuelle et collective – pulsion de vie et prévention des risques

En fait, le raisonnement selon lequel la mort des individus est favorable à un meilleur équilibre de la civilisation est incorrect à bien des égards. Une vie beaucoup plus longue des individus diminue les autres risques de destruction de l’humanité. Voici quelques raisons.

Dans une société où la vie devient très longue et où même la mort de vieillesse devient rare, nous avons plus de temps et d’énergie à consacrer aux autres risques de décès.  L’intérêt va alors pouvoir se concentrer sur les causes de décès plus rares et dues aux actions humaines, notamment les risques existentiels.

Une société permettant une vie en bonne santé beaucoup plus longue à tous ceux qui le souhaitent rend la vie beaucoup plus précieuse. Une des causes majeures de risques existentiels est la violence humaine. Aujourd’hui, tuer son prochain ou même tuer l’ensemble de l’humanité n’est en fait que l’accélération d’un décès inéluctable. Tout le monde meurt. Si après-demain la vie humaine n’avait plus de terme prévisible, les tentations de meurtre et « d’auto-annihilation » collectives pourraient devenir non plus seulement inacceptables mais aussi inimaginables. En d’autres mots, plus la vie individuelle est précieuse, plus nous veillons à la préserver et plus la pérennité de la collectivité sera assurée.

Une société dans laquelle les individus avancent en âge est une société de plus en plus pacifique. Les statistiques pénales démontrent que les crimes violents sont commis principalement par des personnes jeunes (surtout des hommes d’ailleurs). La sagesse n’attend pas toujours le nombre des années, mais l’écoulement du temps pour l’apprentissage de la vie en société aide considérablement.

Conclusion

La vie vaut-elle la peine d’être vécue et pourquoi ? Voici au moins quelques millénaires (et probablement beaucoup plus) que nous nous posons collectivement la question, même si aucun être humain n’a jamais pu se la poser durant guère plus d’un siècle. Quasiment chacun d’entre nous y apporte ses propres réponses qui souvent varient au fil du temps.

La conclusion est, dans la majorité écrasante des cas, que le jeu en vaut la chandelle. Oui, nous voulons vivre. Et nul ne devrait avoir le droit de mettre fin de manière prématurée à l’existence d’autrui, collectivement ou individuellement, en utilisant des moyens de destruction massive… ou en refusant de la recherche pour la santé.


La bonne nouvelle du mois: des investissements et déclarations nouvelles pour la longévité dans le monde de l’entreprise


Le milliardaire britannique Jim Mellon a déclaré (traduction) Je crois que, au cours de la décennie à venir, nous serons témoins de la période de découverte scientifique et d’avancement de l’histoire humaine la plus significative. (…) Ceci, je crois, mènera à la nécessité pour l’industrie de la longévité de prendre de l’importance et de devenir la plus grande industrie du monde. Jim Mellon, qui achève un ouvrage intitulé Juvenescence: Investing in the Age of Longevity rejoint le groupe croissant d’investisseurs et de sociétés qui poursuivent des objectifs clairs en matière de longévité.

Dans le monde francophone, des scientifiques proches de la société Elvesys, persuadés que vieillir n’est pas inévitable, et fermement décidés à révolutionner son concept même, ont récemment créé un site d’information baptisé LongLongLife.

Les autorités publiques, elles, restent plus discrètes. Mais les investissements publics pour les recherches dans tous les domaines liés aux maladies liées au vieillissement sont considérables. A quand une vision plus globale à ce niveau également? Les changements de paradigmes peuvent être rapides!


Pour en savoir plus:

Mortalité et sexualité. La mort de la mort. Mai 2017. N° 98. 

Comme toujours, tout commence par le rapport à la mort. Par son refus absolu, vital obsessionnel. Parce que la vie est magnifique ou en tout cas peut l’être. Jacques Attali. Vivement après-demain. 2017.


Thème du mois : Vieillissement et fertilité.


« L’horloge biologique tourne » est une expression utilisée bien plus souvent pour désigner l’approche de la ménopause chez les femmes que la fin de la vie d’un être humain quel que soit son sexe.

Dans la nature, le vieillissement et la fertilité sont liés, mais de manière très différente selon les espèces.

Vieillissement accéléré après la reproduction

Pour de nombreuses espèces vivantes, la reproduction est un acte unique suivi d’un processus de sénescence accélérée.

Pour beaucoup d’espèces d’insectes, l’essentiel de la vie se déroule durant les stades dits larvaires. L’animal adulte vivra de quelques heures à quelques mois, se reproduira et puis mourra. Parmi les insectes les plus spectaculaires dans ce domaine, il y a les éphémères qui généralement ne vivent pas plus d’une journée au stade adulte.

Pour de nombreuses plantes annuelles (ou bisannuelles), la croissance se termine par la floraison et la mort. Il en va de même pour des espèces animales très différentes les unes des autres: les célèbres saumons du Pacifique qui remontent la rivière, fraient et meurent ; les poulpes et calmars qui pondent, gardent parfois leurs oeufs jusqu’à l’éclosion et s’éteignent au plus tard à la naissance des jeunes. Le terme technique utilisé pour cette reproduction est sémelparité.

Ce phénomène concerne aussi des espèces plus proches de l’humain. Chez une espèce de marsupial, l’antechinus, le mâle marsupial va mourir peu de temps après qu’il ait fécondé une ou plusieurs femelles.

Reproduction jusqu’à la fin de la vie

Mais la reproduction comme acte unique, n’est pas la règle générale. La plupart des êtres vivants, lorsqu’ils atteignent l’âge adulte, se reproduisent à plusieurs reprises.

De très nombreuses plantes et de très nombreux animaux se reproduisent périodiquement. L’animal le plus représentatif de ce point de vue, en tout cas en Europe, est probablement le cerf. La période de « rut » concerne de nombreuses espèces. La reproduction à un moment déterminé peut aussi suivre d’autres périodicités, par exemple le cycle lunaire déterminant les marées pour les tortues marines, un cycle de 17 ans pour la cigale Magicicada stependecim.

D’autres animaux se reproduisent chaque fois que les conditions sont favorables sans suivre des cycles extérieurs. Les lemmings, les lapins et les rats mais aussi des insectes comme les mouches domestiques et les drosophiles se reproduisent rapidement, mais ont une durée de vie maximale courte.

Enfin, chez des insectes dits « eusociaux » comme les fourmis et les termites, les reines peuvent pondre sans discontinuer pendant des années voire des décennies.

Pour tous les êtres vivants décrits jusqu’ici, soit l’acte de reproduction précède de peu la mort, soit la reproduction se poursuit jusqu’à ce que le mécanisme de sénescence, précédant également de peu la mort, la rende impossible. Pour quelques espèces, la durée de reproduction dépasse celle atteinte par les femmes. Il en va ainsi de certains reptiles. C’est le cas également d’au moins une femelle albatros, nommée Wisdom, baguée en 1956, et qui continuait de pondre en 2016, à un âge estimé de 66 ans.

Les humains et les orques

Chez de rares espèces animales, chez les femelles, la fin de la période fertile ne signifie pas nécessairement la fin proche de la vie.

En fait, la ménopause ne semble concerner que les orques, les globicéphales (des cétacés) et les êtres humains. Il existe d’autres mammifères, dont des primates, qui cessent de se reproduire à un âge avancé, mais cela n’est probablement pas systématique. À près de quarante à un peu plus de cinquante ans chez les humains et de trente à quarante ans chez les orques, la fertilité s’interrompt mais la vie se poursuit. Selon certains, ce mécanisme s’explique en terme de sélection naturelle par l’utilité des grands-mères pour l’éducation des jeunes. Pour les hommes et pour les orques mâles, la fertilité peut diminuer avec l’âge, mais l’andropause ne signifie pas l’interruption de la possibilité de reproduction.

Quelques perspectives intéressantes en matière de longévité

L’étude de la fertilité et de son évolution selon l’âge, particulièrement des animaux femelles est utile pour mieux comprendre le vieillissement:

  • Pour les êtres vivants qui meurent rapidement après s’être reproduits, l’étude des mécanismes biologiques de la période de fin de vie permet d’observer la sénescence « en accéléré » (alors qu’il faudrait des années pour mesurer la sénescence d’autres espèces).
  • La mesure de l’évolution de la fertilité (nombre de jeunes nés vivants, nombre d’oeufs pondus, nombre de graines…), permet de recueillir des données relatives au vieillissement. Le taux de fertilité sera un indicateur pour déterminer le rythme de vieillissement de l’animal (ou de la plante). Pour certaines espèces, ce taux de fertilité ne diminue pas, voire même augmente jusqu’à un âge avancé. Ainsi, des chênes multicentenaires continuent à produire des glands en nombre significatif et les séquoias produisent des cônes (contenant des graines) pendant des millénaires.
  • Il est utile de mesurer et de tenter de comprendre les liens entre certains types de fertilité et la longévité. Par exemple, en moyenne, plus un être vivant se reproduit tard, plus sa durée de vie est importante.
  • Il est souvent affirmé, y compris par des spécialistes, que, moins une espèce a de descendants (potentiels), plus son espérance de vie est longue et que la sélection naturelle favorise soit une reproduction abondante soit une vie longue. Ceci est probablement exact chez les mammifères. Par contre, cela n’est pas systématique pour les autres espèces vivantes. Les quahogs, les coraux, les éponges peuvent vivre pendant des siècles. Ils peuvent aussi avoir d’innombrables descendants. Cependant ceux-ci ne survivront quasiment jamais, sinon la planète serait couverte par ces espèces.

Comme dans bien d’autres domaines relatifs à la sénescence, force est de constater que bien des questions n’ont pas encore été explorées concernant le vieillissement et la reproduction. Des recherches plus abondantes pourraient nous offrir encore bien des pistes de réflexion pour mieux comprendre – et donc pour mieux lutter contre – les mécanismes de sénescence.


La bonne nouvelle du mois: Multiplication des conférences relatives à la longévité


L’espoir de modifications radicales dans le domaine de la longévité se mesure notamment par la multiplication des conférences à ce sujet. Au cours du seul mois de mai 2017 ont eu lieu :

Et bien d’autres activités scientifiques de type colloque liées aux questions des recherches scientifiques de santé et donc notamment à la longévité se sont déroulées au cours de ce mois.


Pour en savoir plus:

 

Les cellules qui ne voulaient pas mourir. La mort de la mort. Avril 2017. N° 97.

Certains pensent que ce qui sépare les hommes des animaux est notre capacité à raisonner. D’autres disent que c’est le langage ou l’amour romantique, ou les pouces opposables des mains. Vivant ici dans ce monde perdu, je suis venu à croire que c’est plus que notre biologie. Ce qui nous rend vraiment humain est notre recherche incessante, notre désir permanent d’immortalité. Arthur Conan Doyle, The Lost World 1912 (traduction).


Thème du mois: Vie et mort des cellules normales et des cellules sénescentes


Votre corps est un univers complexe peuplé de virus, de bactéries, de bien des substances et, surtout, de cellules. Le corps d’un être humain en compte environ quarante mille milliards. Chacune de ces cellules est une entité relativement autonome. Elles vivent, beaucoup se reproduisent en se divisant, des milliards meurent chaque jour.

Certaines nous accompagnent tout au long de notre vie, les plus connues étant les neurones (même si certains neurones peuvent naître de cellules-souches durant notre existence). D’autres cellules ne vivent que quelques mois voire quelques jours, notamment les globules de notre sang et les cellules de notre peau.

Comment meurt une cellule?

La fin d’une cellule à l’intérieur de notre corps peut se passer de bien des manières.

D’abord, le décès d’une personne signifiera bien sûr la mort à court terme des cellules qui la composent.

La fin d’une cellule peut être causée par d’autres traumatismes d’origine extérieure. Des conditions défavorables (température, produits toxiques, manque d’oxygène, …) peuvent entraîner sa nécrose puis sa destruction.

Cette destruction peut également se produire par suite de l’attaque par certains virus ou certaines bactéries.

Ensuite, il y a les causes de disparition qui sont utiles au développement du corps. L’exemple typique est celui des futurs doigts d’un foetus. Au départ, lorsque les mains ne sont pas encore formées, les doigts sont encore liés les uns aux autres comme des palmes. Et puis les cellules entre les doigts vont se détruire. C’est un mécanisme qui permet au corps de se « sculpter » par soustraction de cellules. Pour ce type de destruction le terme scientifique utilisé est « apoptose ». Certains parlent aussi, de manière plus imagée et moins rigoureuse, de « suicide » de la cellule parce que le mécanisme semble déclenché par la cellule elle-même et non par un environnement défavorable. Mais l’apoptose se passe aussi dans d’autres circonstances abordées plus loin.

A noter qu’à côté de l’apoptose, il y a un mécanisme relativement proche qui s’appelle l’autophagie. Dans ce cas, les cellules ne « s’autodétruisent » pas mais elles absorbent/détruisent des parties d’elles-mêmes qui ne sont pas utiles ou qui dysfonctionnent. Il ne s’agit donc pas d’une mort cellulaire, mais d’une transformation.

Jusqu’ici, les formes de vie et de mort abordées ne sont pas directement apparentées au vieillissement. Pour parler de la vie et de la mort des cellules par sénescence, c’est-à-dire du seul fait de l’écoulement du temps même dans des circonstances par ailleurs parfaites, il faut d’abord distinguer cellules-souches et autres cellules.

Cellules « immortelles » et cellules sénescentes

Les cellules-souches peuvent en principe se diviser sans limitation. Une cellule-souche se divisant donne naissance à deux cellules dont au moins une pourra ensuite continuer à se diviser sans limitation de durée. Parfois, certains parleront de « cellules immortelles ». Il s’agit évidemment d’une image car ces cellules comme toutes les autres meurent si l’environnement est défavorable.

La majorité des cellules ne sont pas des cellules-souches. Elles ne peuvent se diviser qu’un certain nombre de fois. Cette limite est appelée « limite de Hayflick« . Cette frontière n’est pas la même chez l’être humain que chez d’autres animaux. Pour les femmes et les hommes, la limite habituelle est d’environ cinquante divisions, mais cela peut varier selon le type de cellule concernée. La principale cause de cette limite est que, lors de la division cellulaire de ces cellules, une partie de l’extrémité des chromosomes appelée « télomère » disparaît. Lorsque les télomères deviennent trop courts, la cellule ne fonctionne plus correctement.

La durée limitée de vie des cellules ordinaires est, très vraisemblablement, une des sources du vieillissement et des divisions plus nombreuses pourraient permettre une vie plus longue. Cette question a été abordée dans d’autres lettres mais ne sera pas développée plus avant ici.

Dans les cellules-souches, le raccourcissement du télomère est contré par une enzyme, la télomérase. Au tout début d’une existence, les premières cellules sont des cellules-souches dites totipotentes, c’est-à-dire capables de produire n’importe quelle cellule. Chez un individu adulte, la majorité des cellules-souches sont des cellules spécifiques, capables de se reproduire sans limitation mais ne pouvant former que certaines cellules (de la peau, de l’intestin,…) ou certaines catégories de cellules.

Il y a aussi des cellules-souches qui sont capables de se reproduire sans limitation mais de manière nuisible pour l’organisme. Ce sont les cellules cancéreuses. Les plus célèbres de ces cellules sont les cellules d’Henrietta Lacks. Madame Lacks était une citoyenne afro-américaine morte en 1951 d’un cancer de l’utérus. Les cellules cancéreuses, prélevées (mais sans son autorisation) peu avant son décès se sont divisées facilement. Elles ont été et sont encore utilisées pour un nombre énorme de recherches à vocation médicale.

Les cellules cancéreuses sont donc des cellules-souches nuisant au reste du corps mais qui ne « veulent » pas mourir. Arriver à détruire ces cellules ou au moins empêcher leur multiplication, c’est l’objectif majeur de toute la médecine oncologique.

D’autres cellules qui sont aussi nocives pour l’organisme sont les « vieilles » cellules arrivées en « bout de course ». Normalement, ces cellules sénescentes se détruisent via l’apoptose et elles sont également éliminées par le système immunitaire. Mais le système immunitaire s’affaiblit avec l’âge et un nombre croissant de ces cellules s’accumulent.

Un nombre relativement de ces « vieillards » peut avoir un impact négatif important provoquant notamment des mécanismes inflammatoires. Une des approches les plus originales et prometteuses de la recherche médicale contre le vieillissement de ces dernières années est la recherche de moyens pour éliminer ces cellules qui ne « veulent » pas mourir. D’assez nombreuses recherches dans ces domaines sont en cours.

Dans ce cadre, la première difficulté est de ne pas « jeter le bébé avec l’eau du bain », c’est-à-dire de ne pas tuer (trop) de cellules saines en même temps que les cellules sénescentes. Pour atteindre ce but, les substances utilisées sont appelées « sénolytiques« .

Plusieurs produits ont été testés en laboratoire, notamment des drogues également utilisées pour la lutte contre le cancer.

Comme annoncé dans la lettre mensuelle du mois passé, la destruction de ces cellules a été effectuée récemment par des chercheurs néerlandais sur des souris, notamment des souris transgéniques ayant un vieillissement accéléré. Cela permet une plus grande résistance aux maladies associées au vieillissement.

Leur efficacité reste à vérifier pour la longévité de souris âgées « normales » et puis pour la santé des humains. Il faudra notamment fixer la proportion de cellules sénescentes à détruire car il semble que des cellules sénescentes en petit nombre peuvent également avoir une utilité pour l’organisme.

Vu l’ampleur des dommages actuellement causés par les cellules sénescentes et le nombre relativement réduit de cellules qui doivent être détruites pour pouvoir contrer leurs effets négatifs, l’élimination des cellules sénescentes pourrait se révéler assez rapidement un moyen précieux pour augmenter la longévité en bonne santé des femmes et des hommes partout dans le monde.


La bonne nouvelle du mois: Marches pour les sciences partout dans le monde le 22 avril
&
La triste nouvelle du mois: décès de la doyenne de l’humanité


Le 22 avril, qui est aussi la Journée de la Terre, des dizaines de milliers de scientifiques, de chercheurs mais aussi de citoyens « ordinaires » ont défilé dans des dizaines de villes de par le monde en faveur des recherches scientifiques. Cet évènement qui était au départ orienté contre des réformes considérées comme « anti-scientifiques » suite à l’élection de Donald Trump est devenu un mouvement, favorable aux progrès scientifiques utiles à tous. A cette occasion, l’International Longevity Alliance a déclaré que La science est sur le point de découvrir les mécanismes responsables du déclin biologique associé au vieillissement humain. Cela peut conduire à des solutions fondées sur des données probantes pour réparer les dommages liés à l’âge, ralentir ou inverser les processus de déclin biologique et provoquer la régénération. Chaque action, chaque investissement public ou privé pour la recherche scientifique pour l’extension de la vie pourrait sauver des vies! (traduit de l’anglais)

Le 15 avril, Emma Moreno, dernière personne au monde ayant vécu dans les années 1800 est décédée à Pallanza en Italie, à l’âge de 117 ans.  Elle devait sa longévité à bien des hasards dont ceux de la génétique.  Violet Brown, jamaïcaine, dont le mari était gardien de cimetière (!) est dorénavant la doyenne de l’humanité.  Elle a également 117 ans, mais est née en 1900. Il faudrait beaucoup de progrès médicaux rapides pour que Madame Brown danse encore une danse jamaïcaine. Mais pour les générations suivantes, beaucoup d’espoirs sont permis.


Pour en savoir plus: