Category Archives: La Mort de la Mort

Mortalité et sexualité. La mort de la mort. Mai 2017. N° 98. 

Comme toujours, tout commence par le rapport à la mort. Par son refus absolu, vital obsessionnel. Parce que la vie est magnifique ou en tout cas peut l’être. Jacques Attali. Vivement après-demain. 2017.


Thème du mois : Vieillissement et fertilité.


« L’horloge biologique tourne » est une expression utilisée bien plus souvent pour désigner l’approche de la ménopause chez les femmes que la fin de la vie d’un être humain quel que soit son sexe.

Dans la nature, le vieillissement et la fertilité sont liés, mais de manière très différente selon les espèces.

Vieillissement accéléré après la reproduction

Pour de nombreuses espèces vivantes, la reproduction est un acte unique suivi d’un processus de sénescence accélérée.

Pour beaucoup d’espèces d’insectes, l’essentiel de la vie se déroule durant les stades dits larvaires. L’animal adulte vivra de quelques heures à quelques mois, se reproduira et puis mourra. Parmi les insectes les plus spectaculaires dans ce domaine, il y a les éphémères qui généralement ne vivent pas plus d’une journée au stade adulte.

Pour de nombreuses plantes annuelles (ou bisannuelles), la croissance se termine par la floraison et la mort. Il en va de même pour des espèces animales très différentes les unes des autres: les célèbres saumons du Pacifique qui remontent la rivière, fraient et meurent ; les poulpes et calmars qui pondent, gardent parfois leurs oeufs jusqu’à l’éclosion et s’éteignent au plus tard à la naissance des jeunes. Le terme technique utilisé pour cette reproduction est sémelparité.

Ce phénomène concerne aussi des espèces plus proches de l’humain. Chez une espèce de marsupial, l’antechinus, le mâle marsupial va mourir peu de temps après qu’il ait fécondé une ou plusieurs femelles.

Reproduction jusqu’à la fin de la vie

Mais la reproduction comme acte unique, n’est pas la règle générale. La plupart des êtres vivants, lorsqu’ils atteignent l’âge adulte, se reproduisent à plusieurs reprises.

De très nombreuses plantes et de très nombreux animaux se reproduisent périodiquement. L’animal le plus représentatif de ce point de vue, en tout cas en Europe, est probablement le cerf. La période de « rut » concerne de nombreuses espèces. La reproduction à un moment déterminé peut aussi suivre d’autres périodicités, par exemple le cycle lunaire déterminant les marées pour les tortues marines, un cycle de 17 ans pour la cigale Magicicada stependecim.

D’autres animaux se reproduisent chaque fois que les conditions sont favorables sans suivre des cycles extérieurs. Les lemmings, les lapins et les rats mais aussi des insectes comme les mouches domestiques et les drosophiles se reproduisent rapidement, mais ont une durée de vie maximale courte.

Enfin, chez des insectes dits « eusociaux » comme les fourmis et les termites, les reines peuvent pondre sans discontinuer pendant des années voire des décennies.

Pour tous les êtres vivants décrits jusqu’ici, soit l’acte de reproduction précède de peu la mort, soit la reproduction se poursuit jusqu’à ce que le mécanisme de sénescence, précédant également de peu la mort, la rende impossible. Pour quelques espèces, la durée de reproduction dépasse celle atteinte par les femmes. Il en va ainsi de certains reptiles. C’est le cas également d’au moins une femelle albatros, nommée Wisdom, baguée en 1956, et qui continuait de pondre en 2016, à un âge estimé de 66 ans.

Les humains et les orques

Chez de rares espèces animales, chez les femelles, la fin de la période fertile ne signifie pas nécessairement la fin proche de la vie.

En fait, la ménopause ne semble concerner que les orques, les globicéphales (des cétacés) et les êtres humains. Il existe d’autres mammifères, dont des primates, qui cessent de se reproduire à un âge avancé, mais cela n’est probablement pas systématique. À près de quarante à un peu plus de cinquante ans chez les humains et de trente à quarante ans chez les orques, la fertilité s’interrompt mais la vie se poursuit. Selon certains, ce mécanisme s’explique en terme de sélection naturelle par l’utilité des grands-mères pour l’éducation des jeunes. Pour les hommes et pour les orques mâles, la fertilité peut diminuer avec l’âge, mais l’andropause ne signifie pas l’interruption de la possibilité de reproduction.

Quelques perspectives intéressantes en matière de longévité

L’étude de la fertilité et de son évolution selon l’âge, particulièrement des animaux femelles est utile pour mieux comprendre le vieillissement:

  • Pour les êtres vivants qui meurent rapidement après s’être reproduits, l’étude des mécanismes biologiques de la période de fin de vie permet d’observer la sénescence « en accéléré » (alors qu’il faudrait des années pour mesurer la sénescence d’autres espèces).
  • La mesure de l’évolution de la fertilité (nombre de jeunes nés vivants, nombre d’oeufs pondus, nombre de graines…), permet de recueillir des données relatives au vieillissement. Le taux de fertilité sera un indicateur pour déterminer le rythme de vieillissement de l’animal (ou de la plante). Pour certaines espèces, ce taux de fertilité ne diminue pas, voire même augmente jusqu’à un âge avancé. Ainsi, des chênes multicentenaires continuent à produire des glands en nombre significatif et les séquoias produisent des cônes (contenant des graines) pendant des millénaires.
  • Il est utile de mesurer et de tenter de comprendre les liens entre certains types de fertilité et la longévité. Par exemple, en moyenne, plus un être vivant se reproduit tard, plus sa durée de vie est importante.
  • Il est souvent affirmé, y compris par des spécialistes, que, moins une espèce a de descendants (potentiels), plus son espérance de vie est longue et que la sélection naturelle favorise soit une reproduction abondante soit une vie longue. Ceci est probablement exact chez les mammifères. Par contre, cela n’est pas systématique pour les autres espèces vivantes. Les quahogs, les coraux, les éponges peuvent vivre pendant des siècles. Ils peuvent aussi avoir d’innombrables descendants. Cependant ceux-ci ne survivront quasiment jamais, sinon la planète serait couverte par ces espèces.

Comme dans bien d’autres domaines relatifs à la sénescence, force est de constater que bien des questions n’ont pas encore été explorées concernant le vieillissement et la reproduction. Des recherches plus abondantes pourraient nous offrir encore bien des pistes de réflexion pour mieux comprendre – et donc pour mieux lutter contre – les mécanismes de sénescence.


La bonne nouvelle du mois: Multiplication des conférences relatives à la longévité


L’espoir de modifications radicales dans le domaine de la longévité se mesure notamment par la multiplication des conférences à ce sujet. Au cours du seul mois de mai 2017 ont eu lieu :

Et bien d’autres activités scientifiques de type colloque liées aux questions des recherches scientifiques de santé et donc notamment à la longévité se sont déroulées au cours de ce mois.


Pour en savoir plus:

 

Les cellules qui ne voulaient pas mourir. La mort de la mort. Avril 2017. N° 97.

Certains pensent que ce qui sépare les hommes des animaux est notre capacité à raisonner. D’autres disent que c’est le langage ou l’amour romantique, ou les pouces opposables des mains. Vivant ici dans ce monde perdu, je suis venu à croire que c’est plus que notre biologie. Ce qui nous rend vraiment humain est notre recherche incessante, notre désir permanent d’immortalité. Arthur Conan Doyle, The Lost World 1912 (traduction).


Thème du mois: Vie et mort des cellules normales et des cellules sénescentes


Votre corps est un univers complexe peuplé de virus, de bactéries, de bien des substances et, surtout, de cellules. Le corps d’un être humain en compte environ quarante mille milliards. Chacune de ces cellules est une entité relativement autonome. Elles vivent, beaucoup se reproduisent en se divisant, des milliards meurent chaque jour.

Certaines nous accompagnent tout au long de notre vie, les plus connues étant les neurones (même si certains neurones peuvent naître de cellules-souches durant notre existence). D’autres cellules ne vivent que quelques mois voire quelques jours, notamment les globules de notre sang et les cellules de notre peau.

Comment meurt une cellule?

La fin d’une cellule à l’intérieur de notre corps peut se passer de bien des manières.

D’abord, le décès d’une personne signifiera bien sûr la mort à court terme des cellules qui la composent.

La fin d’une cellule peut être causée par d’autres traumatismes d’origine extérieure. Des conditions défavorables (température, produits toxiques, manque d’oxygène, …) peuvent entraîner sa nécrose puis sa destruction.

Cette destruction peut également se produire par suite de l’attaque par certains virus ou certaines bactéries.

Ensuite, il y a les causes de disparition qui sont utiles au développement du corps. L’exemple typique est celui des futurs doigts d’un foetus. Au départ, lorsque les mains ne sont pas encore formées, les doigts sont encore liés les uns aux autres comme des palmes. Et puis les cellules entre les doigts vont se détruire. C’est un mécanisme qui permet au corps de se « sculpter » par soustraction de cellules. Pour ce type de destruction le terme scientifique utilisé est « apoptose ». Certains parlent aussi, de manière plus imagée et moins rigoureuse, de « suicide » de la cellule parce que le mécanisme semble déclenché par la cellule elle-même et non par un environnement défavorable. Mais l’apoptose se passe aussi dans d’autres circonstances abordées plus loin.

A noter qu’à côté de l’apoptose, il y a un mécanisme relativement proche qui s’appelle l’autophagie. Dans ce cas, les cellules ne « s’autodétruisent » pas mais elles absorbent/détruisent des parties d’elles-mêmes qui ne sont pas utiles ou qui dysfonctionnent. Il ne s’agit donc pas d’une mort cellulaire, mais d’une transformation.

Jusqu’ici, les formes de vie et de mort abordées ne sont pas directement apparentées au vieillissement. Pour parler de la vie et de la mort des cellules par sénescence, c’est-à-dire du seul fait de l’écoulement du temps même dans des circonstances par ailleurs parfaites, il faut d’abord distinguer cellules-souches et autres cellules.

Cellules « immortelles » et cellules sénescentes

Les cellules-souches peuvent en principe se diviser sans limitation. Une cellule-souche se divisant donne naissance à deux cellules dont au moins une pourra ensuite continuer à se diviser sans limitation de durée. Parfois, certains parleront de « cellules immortelles ». Il s’agit évidemment d’une image car ces cellules comme toutes les autres meurent si l’environnement est défavorable.

La majorité des cellules ne sont pas des cellules-souches. Elles ne peuvent se diviser qu’un certain nombre de fois. Cette limite est appelée « limite de Hayflick« . Cette frontière n’est pas la même chez l’être humain que chez d’autres animaux. Pour les femmes et les hommes, la limite habituelle est d’environ cinquante divisions, mais cela peut varier selon le type de cellule concernée. La principale cause de cette limite est que, lors de la division cellulaire de ces cellules, une partie de l’extrémité des chromosomes appelée « télomère » disparaît. Lorsque les télomères deviennent trop courts, la cellule ne fonctionne plus correctement.

La durée limitée de vie des cellules ordinaires est, très vraisemblablement, une des sources du vieillissement et des divisions plus nombreuses pourraient permettre une vie plus longue. Cette question a été abordée dans d’autres lettres mais ne sera pas développée plus avant ici.

Dans les cellules-souches, le raccourcissement du télomère est contré par une enzyme, la télomérase. Au tout début d’une existence, les premières cellules sont des cellules-souches dites totipotentes, c’est-à-dire capables de produire n’importe quelle cellule. Chez un individu adulte, la majorité des cellules-souches sont des cellules spécifiques, capables de se reproduire sans limitation mais ne pouvant former que certaines cellules (de la peau, de l’intestin,…) ou certaines catégories de cellules.

Il y a aussi des cellules-souches qui sont capables de se reproduire sans limitation mais de manière nuisible pour l’organisme. Ce sont les cellules cancéreuses. Les plus célèbres de ces cellules sont les cellules d’Henrietta Lacks. Madame Lacks était une citoyenne afro-américaine morte en 1951 d’un cancer de l’utérus. Les cellules cancéreuses, prélevées (mais sans son autorisation) peu avant son décès se sont divisées facilement. Elles ont été et sont encore utilisées pour un nombre énorme de recherches à vocation médicale.

Les cellules cancéreuses sont donc des cellules-souches nuisant au reste du corps mais qui ne « veulent » pas mourir. Arriver à détruire ces cellules ou au moins empêcher leur multiplication, c’est l’objectif majeur de toute la médecine oncologique.

D’autres cellules qui sont aussi nocives pour l’organisme sont les « vieilles » cellules arrivées en « bout de course ». Normalement, ces cellules sénescentes se détruisent via l’apoptose et elles sont également éliminées par le système immunitaire. Mais le système immunitaire s’affaiblit avec l’âge et un nombre croissant de ces cellules s’accumulent.

Un nombre relativement de ces « vieillards » peut avoir un impact négatif important provoquant notamment des mécanismes inflammatoires. Une des approches les plus originales et prometteuses de la recherche médicale contre le vieillissement de ces dernières années est la recherche de moyens pour éliminer ces cellules qui ne « veulent » pas mourir. D’assez nombreuses recherches dans ces domaines sont en cours.

Dans ce cadre, la première difficulté est de ne pas « jeter le bébé avec l’eau du bain », c’est-à-dire de ne pas tuer (trop) de cellules saines en même temps que les cellules sénescentes. Pour atteindre ce but, les substances utilisées sont appelées « sénolytiques« .

Plusieurs produits ont été testés en laboratoire, notamment des drogues également utilisées pour la lutte contre le cancer.

Comme annoncé dans la lettre mensuelle du mois passé, la destruction de ces cellules a été effectuée récemment par des chercheurs néerlandais sur des souris, notamment des souris transgéniques ayant un vieillissement accéléré. Cela permet une plus grande résistance aux maladies associées au vieillissement.

Leur efficacité reste à vérifier pour la longévité de souris âgées « normales » et puis pour la santé des humains. Il faudra notamment fixer la proportion de cellules sénescentes à détruire car il semble que des cellules sénescentes en petit nombre peuvent également avoir une utilité pour l’organisme.

Vu l’ampleur des dommages actuellement causés par les cellules sénescentes et le nombre relativement réduit de cellules qui doivent être détruites pour pouvoir contrer leurs effets négatifs, l’élimination des cellules sénescentes pourrait se révéler assez rapidement un moyen précieux pour augmenter la longévité en bonne santé des femmes et des hommes partout dans le monde.


La bonne nouvelle du mois: Marches pour les sciences partout dans le monde le 22 avril
&
La triste nouvelle du mois: décès de la doyenne de l’humanité


Le 22 avril, qui est aussi la Journée de la Terre, des dizaines de milliers de scientifiques, de chercheurs mais aussi de citoyens « ordinaires » ont défilé dans des dizaines de villes de par le monde en faveur des recherches scientifiques. Cet évènement qui était au départ orienté contre des réformes considérées comme « anti-scientifiques » suite à l’élection de Donald Trump est devenu un mouvement, favorable aux progrès scientifiques utiles à tous. A cette occasion, l’International Longevity Alliance a déclaré que La science est sur le point de découvrir les mécanismes responsables du déclin biologique associé au vieillissement humain. Cela peut conduire à des solutions fondées sur des données probantes pour réparer les dommages liés à l’âge, ralentir ou inverser les processus de déclin biologique et provoquer la régénération. Chaque action, chaque investissement public ou privé pour la recherche scientifique pour l’extension de la vie pourrait sauver des vies! (traduit de l’anglais)

Le 15 avril, Emma Moreno, dernière personne au monde ayant vécu dans les années 1800 est décédée à Pallanza en Italie, à l’âge de 117 ans.  Elle devait sa longévité à bien des hasards dont ceux de la génétique.  Violet Brown, jamaïcaine, dont le mari était gardien de cimetière (!) est dorénavant la doyenne de l’humanité.  Elle a également 117 ans, mais est née en 1900. Il faudrait beaucoup de progrès médicaux rapides pour que Madame Brown danse encore une danse jamaïcaine. Mais pour les générations suivantes, beaucoup d’espoirs sont permis.


Pour en savoir plus:

Légalité et longévité. La mort de la mort. Mars 2017. N° 96.

Le dernier état de l’utopie, aujourd’hui, à vivre encore, c’est l’utopie de guérison: pouvoir se prémunir des maladies par la génétique. C’est le noyau dur du méliorisme classique des Lumières et il sera difficile d’y porter atteinte. Le pire des pessimismes ne peut pas décourager cet espoir. Cela n’a pas nécessairement à voir avec les rêves d’immortalité qui sont typiques de la côte Ouest des Etats-Unis… Il ne faut pas nécessairement « californiser » notre pensée pour pouvoir espérer améliorer la condition humaine d’un point de vue médical ! Peter Sloterdijk, dans Le Temps, 5 novembre 2016.


Thème du mois: Approches de quelques rapports entre droit et longévité


Les questions de droit liées aux progressions médicales en matière de santé sont multiples. Comme chaque pays a son propre  environnement juridique, il a fallu se limiter et c’est le droit français qui sera principalement abordé ici.

  1. La législation considère-t-elle l’humain comme devant être fixe ou comme étant modifiable ?

En droit comme en philosophie, deux thèses s’affrontent: humain immuable ou humain modifiable. En droit, plusieurs concepts peuvent être cités à l’appui de chaque thèse.

Pour un humain non modifiable

Le concept de droit naturel postule des règles immuables, dépassant l’homme. Ces règles peuvent émaner de la puissance divine ou de la logique de la nature. Dans cette conception, ce qui est « normal », est admis par le droit et ne peut être modifié. En quelque sorte, le droit préexiste et doit s’appliquer à des situations évolutives, mais pas être modifié par celles-ci. Ceci mène notamment pour l’humain au concept d’intégrité de la personne humaine qui peut impliquer l’interdiction de toute modification « non naturelle » même souhaitée par un individu.

Évidemment, rares sont ceux qui estiment aujourd’hui que cela signifie que les femmes et les hommes ne peuvent se faire opérer s’ils sont atteints d’une affection parce que la nature ou les dix commandements bibliques ne le prévoient pas. Mais cette notion est néanmoins d’une extrême rigueur en droit français. La loi interdit la thérapie génique germinale qui permet la manipulation des gènes qui ont vocation à être transmis à la descendance (article 16-4 du Code civil). Transformer le patrimoine génétique d’un être humain est même en droit français, un des crimes les plus graves du code pénal, un crime contre l’espèce humaine (article 214 du Code pénal). Heureusement, la loi précise « Sans préjudice des recherches tendant à la prévention et au traitement des maladies génétiques ».

Pour un humain plus résilient et améliorable

Cinq arguments juridiques peuvent être avancés.

L’article 27.1 de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 postule que Toute personne a le droit (…) de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent. Les bienfaits scientifiques sont notamment ceux issus des avancées médicales. Cependant cet article est très général et fort peu cité par les juristes.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (préambule de 1946), La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. Cette définition très large implique clairement que la santé est perçue comme un état susceptible d’amélioration large, par-delà la simple lutte contre la maladie.

D’innombrables instruments juridiques postulent l’égalité de droits et de devoirs dans de nombreux domaines sans discrimination liées au sexe, à la condition sociale et aussi à l’âge. Ceci signifie logiquement que si, un jour, une thérapie permettant une vie en bonne santé beaucoup plus longue est disponible, elle ne pourra être  refusée à ceux qui en auront le plus besoin, les plus âgés et/ou les plus faibles.

Les personnes âgées meurent massivement de maladies liées au vieillissement. Les progrès médicaux peuvent leur permettre une vie plus longue. En droit français, il existe le devoir d’assistance à personne en danger. Ceci signifie que lorsqu’une personne risque sa vie ou son intégrité et qu’il est possible de lui venir en aide, il est obligatoire de le faire (sauf risque pour soi-même) sous peine de sanctions pénales. Il faut noter que l’aide doit être apportée, même en l’absence de certitude quant au résultat. Jusqu’ici la jurisprudence exige un risque imminent et s’applique donc difficilement à des recherches à venir. Cependant l’argument de non-assistance à personne en danger a déjà été utilisé lorsque certains ont estimé que des découvertes médicales récentes n’étaient pas utilisées assez rapidement pour des patients. Ce fut le cas lors de l’affaire dite du « sang contaminé ».

Enfin plus largement la conception contemporaine du droit à disposer de son corps est devenue aujourd’hui étendue. Ce droit à disposer de son corps comprend notamment celui d’utiliser des prothèses utiles à la santé. Demain, il pourrait comporter, par exemple, le droit d’utiliser des robots de taille microscopique pour améliorer sa longévité.

  1. Peut-on être propriétaire d’un humain prolongé?

La réponse courte est bien sûr négative. Même si l’abolition de l’esclavage est toute récente au regard de l’histoire de l’humanité presque plus personne ne se prétend propriétaire d’un être humain (adulte). Ceci ne signifie cependant pas que des thérapies, des substances, des objets, des applications informatiques permettant des améliorations ne puissent faire l’objet d’un droit de propriété, le cas échéant même à l’intérieur du corps.

En ce qui concerne les prothèses, la question s’est notamment posée de savoir si le programme permettant à un pacemaker de fonctionner pouvait être accessible à son porteur. Actuellement, la réponse semble plutôt négative en France comme aux Etats-Unis.

Par contre, en ce qui concerne les thérapies géniques, en France et aux Etats-Unis, le concept de « non-brevetage du vivant » en tous cas pour les gènes humains l’emporte largement. Des gènes permettant la longévité ne pourraient faire l’objet de brevets, contrairement à des médicaments. Cependant, la manière de modifier des gènes peut être brevetée. Ceci suscite d’ailleurs un affrontement juridique intense dans le cadre des avancées de la méthode dite CRISPR qui révolutionne les recherches sur les modifications génétiques.

Un brevet donne des droits exclusifs d’utilisation pendant 20 ans, ce délai pouvant être prolongé de 5 ans dans certaines circonstances. Les partisans du droit au brevet affirment que ceux-ci accélèrent les découvertes médicales en les rendant rentables. Cette brevetabilité partielle pourrait cependant un jour ralentir la mise à disposition de thérapies à tous même si, en cas de découvertes « révolutionnaires », la pression pour les mettre à disposition de tous serait énorme.

En guise de courte conclusion

Le droit, comme l’ensemble des règles, habitudes sociales et pratiques culturelles et religieuses est produit par une société et évolue lorsque la société change. Mais il sécrète aussi des conséquences propres qui peuvent ralentir ou accélérer des évolutions souhaitables ou, au contraire, des évolutions préjudiciables. Parfois, cela se produit sans que ceux qui avaient élaboré les règles au départ l’aient souhaité ou même l’aient envisagé. Le droit français a, de longue date, mis l’accent (en théorie) sur la liberté, l’égalité et la fraternité (compris dans le sens de solidarité). Cet accent ne garantit pas l’accès égal à des thérapies de longévité si elles deviennent disponibles mais il tend à le favoriser.


La bonne nouvelle du mois : Un traitement pour détruire les cellules sénescentes donne des résultats très prometteurs chez les souris


Parmi les causes de vieillissement, il y a -paradoxalement- les dommages causés par des cellules qui ne veulent pas mourir. Il s’agit de cellules vieilles sans utilité biologique qui ne sont pas éliminées naturellement par l’organisme. Depuis plusieurs années, des scientifiques et des startups sont à la recherche de produits susceptibles de détruire ces cellules, mais -bien sûr- sans détruire en même temps les cellules saines.

Des chercheurs néerlandais du centre universitaire médical de Rotterdam ont testé sur des souris transgéniques une protéine appelée FOXO4. Cette substance induit une amélioration considérable de l’état de santé d’individus âgés. Les médias ont assez largement répercuté l’information.

Il faudra maintenant vérifier sur des souris âgées « normales » et puis sur des humains. L’ampleur du résultat positif, ainsi que la compréhension assez large du mécanisme, incitent à un certain optimisme pour les étapes ultérieures.


Pour en savoir plus:

 

 

Longévité et équité. La mort de la mort. Février 2017. N° 95.

Je crois que nous avons le droit d’utiliser ces nouvelles technologies pour nous aider et nous aimer. Je crois que nous avons un devoir, un devoir financier et un devoir éthique. Et si vous ne me croyez pas, demandez à n’importe quel enfant de quatre ans. David Sinclair, biologiste en 2013 (Extrait de A Cure for Ageing? traduit de l’anglais, Ted X Sydney).


Thème du mois : Une vie beaucoup plus longue pour des privilégiés ou pour tous ceux qui le souhaitent ?


Les progrès de la médecine permettent d’envisager une vie radicalement plus longue. Certains imaginent que ces progrès ne seront que pour les riches, d’autres imaginent que chacun pourra en bénéficier.

La crainte que des avancées technologiques ne profitent qu’aux puissants n’est pas originale. Une nouvelle technologie est presque toujours d’abord accessible seulement à quelques-uns avant que l’accès ne se répande.

Certaines avancées restent aujourd’hui accessibles à une minorité mais d’autres pas. L’électricité, le téléphone et le réseau internet sont devenus, dans les pays riches, accessibles à l’immense majorité de la population. Ces mêmes biens et services sont également accessibles au Sud à une part majoritaire de la population mais avec encore bien trop de citoyens exclus.

Il n’est pas certain que la majorité des citoyens aura accès aux thérapies de longévité en bonne santé. Cependant, le cas échéant, la pression sociale, politique, économique, éthique, morale, médicale et environnementale pour les rendre accessibles au plus grand nombre devrait être énorme et rendre extrêmement probable la démocratisation de l’extension de la longévité.

Les raisons de ce développement probable sont examinées ci-dessous.

Une vie en bonne santé plus longue pour tous a un avantage économique

Les coûts pour la société des maladies liées au vieillissement sont énormes. Contrairement à ce qui est souvent affirmé, cela n’est pas l’avancée en âge qui est le plus coûteux. Ce sont les dernières années avant le décès suite à des maladies incapacitantes qui représentent des coûts considérables quel que soit l’âge du décès. Les dépenses concernent les personnes elles-mêmes mais aussi leurs familles et les institutions publiques qui financent les maisons de retraite, les remboursements de soins de  santé, les hôpitaux, … Autrement dit, des thérapies permettant une vie plus longue en bonne santé signifient à terme des économies pour la collectivité.

Dans le domaine de la sénescence comme dans d’autres domaines, prévenir vaut mieux que guérir. Prévenir la dégénérescence suite à la sénescence vaut mieux que de pallier les conséquences négatives.

La longévité, un bien commun de l’humanité

Aujourd’hui, dans le monde, les maladies liées au vieillissement sont la première cause de mortalité, de morbidité et de souffrance, responsables d’environ 7 décès sur 10 à l’échelle planétaire et environ 9 sur 10 dans les pays les plus aisés.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. Le droit à la santé est reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’homme (article 25). Les moyens d’exercer ce droit varient selon les évolutions médicales et il ne serait plus admissible au regard des droits humains de refuser des soins contre la sénescence si ceux-ci devenaient accessibles.

Les personnes avançant en âge pourraient devenir des citoyens égaux  aux autre en fait (et pas seulement en droit)

Aujourd’hui, les éthiciens, les autorités morales et religieuses se concentrent généralement sur le droit des personnes âgées à vivre dans la société de la manière la plus harmonieuse possible, malgré les inégalités de fait. C’est une bonne chose. Demain, s’il est possible de mettre fin à certaines de ces inégalités, les responsables devraient se concentrer sur la possibilité de mettre fin à ces  inégalités et non pas seulement tenter d’y remédier.

Si une personne devient aveugle par suite d’une déficience alimentaire inconnue, il faut bien sûr lui offrir les moyens de pallier à son handicap en donnant un logement adapté, des informations sonores au lieu d’informations visuelles, … Mais une fois la cause de la déficience connue, sauf si la personne souhaite rester non-voyante, la priorité est de mettre fin au déficit alimentaire et donc de rendre la vue.

Coût réel des thérapies

La recherche de thérapies coûtera cher, particulièrement la recherche pour la lutte contre les maladies neurodégénératives. Par contre, les produits et thérapies ensuite nécessaires seront très probablement rapidement disponibles à un coût de moins en moins élevé parce que:

  • L’ensemble des citoyens de la planète est potentiellement concerné ce qui signifie des économies d’échelle gigantesques.
  • Les produits nécessaires pour les thérapies ne devraient pas être des produits coûteux. L’être humain est infiniment précieux mais sa composition et les produits qu’il absorbe, c’est surtout de l’eau, du carbone et des matières peu coûteuses. Que ce soient des médicaments ou des thérapies géniques, les   concernées ne sont pas chères par elles-mêmes et nous n’en aurons besoin qu’en quantités limitées. Ce qui peut être cher, c’est le développement d’appareils pour les thérapies. Cependant, le coût ne sera relativement élevé que pendant leur mise en place.

Le principal obstacle financier pourrait être celui lié à l’exploitation commerciale des droits (de type droits d’auteur et brevets) qui sont liés aux recherches examinées dans le paragraphe suivant.

Des investissements publics ou des recherches privées maîtrisées

Une bonne partie des recherches de santé sont des recherches financées par la puissance publique, particulièrement dans le domaine des maladies neuro-dégénératives. Ce sont ces recherches, en étant attentif à ce que les découvertes soient mises à disposition de tous, qui présentent le plus de garanties pour l’accessibilité à tous. Mais des recherches efficaces sont aussi effectuées par le secteur privé ce qui pose la question de l’exploitation commerciale.

En ce qui concerne les recherches relatives aux thérapies géniques, il est généralement admis que le « brevetage du vivant » n’est pas autorisé. C’est particulièrement exact en ce qui concerne les thérapies concernant les êtres humains.

Cependant, ce qui peut bien être breveté, ce sont les moyens pour transformer des gènes de manière utile et, plus généralement, les moyens techniques nécessaires pour fabriquer des thérapies médicales contre le vieillissement. Il y a donc là un risque d’inégalité, une fois les thérapies disponibles. Cependant, ces risques sont limités parce que:

  • Aujourd’hui, vu le caractère de plus en plus interconnecté des recherches, il est difficile de dissimuler des découvertes.
  • La durée maximale d’un brevet est limitée généralement à 20 ans (parfois 25 ans).  Ceci signifie que, dans le pire des cas, si une thérapie de longévité efficace est découverte, elle serait sans droit de propriété après une génération. Mais ce « pire des cas » est improbable vu ce qui suit.
  • L’opposition de l’opinion publique, des femmes et des hommes politiques, des journalistes, des autorités publiques,  si une thérapie efficace était réservée à une élite serait immense. Une société privée aurait à choisir entre mettre à disposition pour un prix modique pour des milliards de personnes une thérapie ou la vendre à un prix élevé pour des millions de personnes. Le second choix signifierait s’exposer à la réprobation voire à la haine de la population. Même si les « propriétaires » font abstraction de l’éthique, le choix collectif sera le plus intéressant à condition qu’une transparence suffisante des opérations soit garantie.

Une volonté collective pour une vie en bonne santé radicalement plus longue

Si des thérapies sont découvertes, la prise de conscience de leurs impacts positifs se renforcera. Les oppositions à une longévité accrue devraient rapidement s’amoindrir. Aujourd’hui, presque plus personne ne s’oppose à l’utilisation d’analgésiques, aux greffes d’organes ou encore à l’accès à des informations médicales fiables via internet. Tout cela n’allait pas de soi avant que cela ne soit aisément réalisable techniquement. Une fois que c’est devenu possible, la pression pour que cela soit accessible, et ceci sans obstacle financier, s’est accrue.

Bien sûr, il est probable que certains souhaiteraient encore avoir le droit de vivre « comme avant ». Cette possibilité doit exister ou plutôt apparaître. Pour rappel, à ce jour personne n’a « le droit » de choisir entre une vie relativement courte et une vie longue au-delà de nos limites biologiques actuelles. Si ce choix apparaît, il devrait être, dès que possible, le même, quel que soit le revenu, le patrimoine ou les origines.


La (relativement) bonne nouvelle du mois : l’espérance de vie en France est à nouveau en hausse


Alors que les médias avaient abondamment fait écho à une diminution de l’espérance de vie en France en 2015, il y a eu beaucoup moins d’échos sur la bonne nouvelle de l’augmentation de l’espérance de vie en 2016.

Pour 2016, l’espérance de vie à la naissance est pour les femmes de 85,4 ans (le record d’il y a 2 ans) et pour les hommes de 79,3 ans (le record absolu).

Ceci étant, c’est une bonne nouvelle relative parce que sur deux ans, cela fait une quasi-stagnation (statu quo pour les femmes, un mois pour les hommes) alors que les progressions moyennes antérieures annuelles étaient d’environ 3 mois pour les hommes et 2 mois pour les femmes.


Pour en savoir plus:

 

 

 

 

Observation de longévités animales. La mort de la mort. Janvier 2017. N° 94.

Chaque médicament est une innovation et celui qui ne s’applique pas de nouveaux remèdes doit s’attendre à de nouveaux maux car le temps est le plus grand corrupteur et s’il change les choses pour le pire et que la sagesse et le conseil ne les modifient pas pour le meilleur, quelle sera la fin? Francis Bacon, essais de morale et de politique, 1625.


Thème du mois : Les animaux observables pour la compréhension de la longévité


Aujourd’hui, pas un être humain n’a plus de 117 ans. Pas une seule souris n’a plus de 4 ou 5 ans. Pas un seul caméléon malgache de l’espèce Furcifer Labordi n’a plus de 4 ou 5 mois alors que d’autres caméléons de Madagascar peuvent vivre une dizaine d’années.

La cause première de ces différences est le patrimoine génétique. Le fonctionnement des molécules fondamentales du vivant est d’une extrême complexité, notamment suite aux processus épigénétiques. Il n’en reste pas moins que des différences relativement modestes dans l’ADN peuvent créer des écarts tout à fait considérables de durée de vie.

Dans cette lettre, nous décrirons les espèces vivantes les plus courantes étudiées fréquemment en laboratoire dans le cadre de la compréhension de la durée de vie ainsi que des espèces plus « atypiques » qu’il pourrait être utile d’étudier plus pour les raisons de leurs durées de vie.

Les espèces déjà fréquemment étudiées en laboratoire (du plus lointain au plus proche de l’humain).

La levure est un champignon unicellulaire d’abord connu pour son rôle dans l’alimentation. Il est utilisé en laboratoire entre autres pour étudier l’impact de différents traitements sur la durée de vie de cet organisme.

Les vers nématodes Caenorhabditis elegans (mesurant environ un millimètre) et les drosophiles (petites mouches n’excédant pas 4 millimètres) sont les animaux de laboratoire de ceux qui se contentent d’invertébrés. Elles présentent de nombreux avantages pour l’étude de la longévité: durée de vie courte (et donc résultats rapides), reproduction facile, taille petite, mutations génétiques aisées à établir. Évidemment, leur ressemblance avec les êtres humains n’est pas frappante même si une bonne partie du patrimoine génétique est commun.

Les souris et les rats qui vivent normalement 2 à 4 ans sont certainement les animaux de laboratoire les plus étudiés tant pour l’étude du vieillissement que pour d’autres questions. Ils se reproduisent en laboratoire depuis de nombreuses générations. Comme les études sont nombreuses, les points de comparaison et le patrimoine génétique sont très bien définis. Les souris étant de plus petite taille, elles sont moins coûteuses à entretenir et donc plus utilisées.

Les macaques rhésus sont l’objet des expériences parmi les plus longues de l’histoire scientifique. Un traitement en faveur de la longévité, à savoir la restriction calorique a été suivi pour certains individus pendant une quarantaine d’années.

De manière générale, les expériences relatives au vieillissement donnent des résultats plus rapides si les animaux examinés le sont à partir d’un âge correspondant à la mi-vie. En effet, la mortalité due au vieillissement croît selon une courbe exponentielle dite « courbe de Gompertz« . L’étude de sujets plus âgés permet donc de percevoir des différences de mortalité plus fortes. Ceci se fait cependant malheureusement relativement peu car des animaux plus âgés sont plus coûteux.

Les espèces atypiques observables en captivité

De manière générale, ce sont les animaux de grande taille, subissant peu de prédation (ou d’autres causes de mortalité externe) et au métabolisme lent qui vivent le plus longtemps. L’étude des exceptions à ces règles, mais aussi les cas les plus extrêmes d’application de ces règles est une source d’information scientifique intéressante.

Comme chacun sait, les chimpanzés et les bonobos sont proches des humaines et très intelligents. Leur utilisation en laboratoire est devenue exceptionnelle. L’étude uniquement de ce qui permet une vie en bonne santé plus longue (et non pas de ce qui diminue la durée de vie) répondrait à des exigences éthiques et serait utile pour les humains mais aussi pour les animaux concernés (qui peuvent vivre plus de 60 ans).

Les porcs sont des animaux souvent étudiés en laboratoire pour leurs organes souvent proches des organes humains. Elever des animaux de grande taille est bien sûr coûteux. Cela pourrait cependant être très utile vu la biologie proche de l’humain. De plus, comme la durée de vie est relativement limitée (une quinzaine d’années), ceci permettrait des études assez rapides.

Pour les rongeurs, le rat-taupe nu peut atteindre 30 ans, ce qui est exceptionnel pour un mammifère de petite taille.

Parmi les oiseaux, les durées de vie sont extrêmement variables. Beaucoup de passereaux ne vivent que quelques années alors que des espèces de perroquets peuvent vivre plus de 60 ans. Un albatros né dans les années 50 continue à pondre aujourd’hui. Tous ces animaux pourraient être observés sur le long terme en ce qui concerne les indicateurs de vieillissement. Pour un albatros, l’observation en captivité n’est probablement pas possible, mais des capteurs peu invasifs pourraient mesurer des informations pour cet animal.

Il est bien connu que certaines tortues, notamment celles des Galápagos peuvent vivre extrêmement longtemps. Des exemplaires sont observés en captivité depuis des siècles mais pas spécifiquement pour comprendre les mécanismes de longévité.

Le caméléon Furcifer Labordi est le vertébré terrestre dont la durée de vie est la plus courte. Elle n’excède pas 4 ou 5 mois. Dans le milieu naturel, ce reptile vit sa courte existence durant la belle saison. A la fin de cette période, la femelle pond des oeufs qui incuberont jusqu’au début de la belle saison de l’année suivante. En captivité, l’animal ne survit normalement pas plus longtemps. Examiner les processus de vieillissement en comparant notamment à d’autres caméléons vivant beaucoup plus longtemps pourrait apporter des informations précieuses.

Un mécanisme de développement et de vieillissement accéléré se produit également chez certaines espèces de poissons qui vivent dans des mares temporaires dans des zones désertiques africaines. Il s’agit notamment du fort beau Nothobranchius furzeri. Ici aussi, examiner ces poissons en les comparant à des espèces proches vivant beaucoup plus longtemps contribuerait aux connaissances relatives à la sénescence.

Chez les insectes eusociaux (termites, fourmis, abeilles,…), les individus qui pondent (les « reines ») vivent beaucoup plus longtemps alors qu’ils sont génétiquement identiques au départ aux ouvrières, soldats,… qui ne vivront que quelques mois. Des colonies d’insectes sont observées depuis des siècles mais pas dans le cadre spécifique de l’étude de la longévité.

Des animaux beaucoup plus éloignés des humains peuvent vivre très longtemps. La méduse Turritopsis dornhii  peut retourner à l’état larvaire apparemment en un cycle sans fin et est étudiée en aquarium. D’autres animaux non mobiles peuvent vivre des siècles et leur métabolisme pourrait être plus étudié. Il s’agit du quahog nordique mais aussi de coraux. Pour ces derniers, ce sont en fait les colonies qui vivent des milliers d’années, pas chaque polype « individuel”). Il pourrait être passionnant d’étudier simultanément ces êtres collectifs qui peuvent aujourd’hui nous survivre des siècles et le gobie pygmée Eviota sigilata qui vit sur des récifs coralliens et qui est l’espèce de vertébré ayant la durée de vie la plus courte au monde (moins de 2 mois).

Enfin, pour conclure, c’est évidemment l’humain qui est susceptible d’apporter les informations les plus précieuses pour sa propre sénescence. Cet être vivant est coûteux à entretenir, mais il résiste fort bien aux écarts de température et aux modifications rapides de l’environnement. Le consentement éclairé à des expérimentations en double aveugle pour une vie en bonne santé plus longue est particulièrement utile chez les vrais jumeaux, les personnes les plus âgées ainsi que celles atteintes de maladies liées à un vieillissement accéléré. Il pourrait servir tant aux individus observés qu’à l’ensemble des 7,5 milliards de congénères.


La bonne nouvelle du mois: lettre ouverte aux candidats à la présidence de la République française pour un plan national de lutte contre le vieillissement


Cette lettre a été écrite le 1er janvier 2017. Il y est demandé un acte républicain et clairvoyant, à la mesure de l’enjeu énorme du vieillissement. Ceci devrait se traduire entre autres par:

  • la création d’un pôle de recherche national, financé en conséquence, capable d’attirer les meilleur(e)s chercheur(se)s de la discipline ;
  • un cadre légal novateur adapté aux particularités de la lutte contre le vieillissement.

Plusieurs personnalités (dont Miroslav Radman) ont déjà accepté de signer. Pour soutenir cette initiative, vous pouvez également signer


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